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miercuri, 19 ianuarie 2011

Israël: De la propagande part 2/3 Posté par René Naba le jan 15 2011.

Vă rog să citiți acest text selectat de mine, în speranța că vă poate interesa. Cu prietenie, Dan Culcer

Israël: De la propagande part 2/3

Posté par René Naba le jan 15 2011.
I – Hasbara, Kiss, GIYUS. ORG, Spot and Shoot, le vade-mecum des outils de la stratégie israélienne de communication,
La place prépondérante qu’occupe Israël en termes d’ «unités de bruit médiatique» s’explique aussi par sa maîtrise des outils de la stratégie de communication moderne grâce à des techniques qui ont pour nom Hasbara, Kiss, GIYUS. ORG, abscons pour le grand public.
Hasbara (1): Le terme hébreu «Hasbara» se traduit officiellement par «explication publique» mais signifie couramment «propagande», du latin propaganda, ce qui doit se propager.
Cela inclut non seulement le travail des relations publiques gouvernementales mais des questions plus secrètes que traite le pouvoir israélien avec une cohorte d’organisations privées et d’initiatives qui font la promotion de l’image d’Israël dans la presse, à la télévision et en ligne. Conséquence de la dégradation de l’image d’Israël, en général, et de l’armée israélienne, en particulier, consécutive au bellicisme de ses équipes gouvernementales, Israël déploie une équipe de cybernautes pour diffuser une désinformation positive.
Le ministère des Affaires étrangères israélien a ainsi mis sur pied une équipe clandestine spéciale de travailleurs rémunérés dont le travail consiste à surfer sur l’Internet 24 heures sur 24 pour propager des informations positives sur Israël. Le recrutement s’opère parmi les soldats fraîchement diplômés et démobilisés, dotés de compétences linguistiques, en vue de ont jouer le rôle de surfeurs ordinaires, tout en propageant la ligne gouvernementale sur le conflit du Moyen-Orient. Les surfeurs de l’opération HASBARA ne s’identifient pas comme Israéliens, mais comme des surfeurs dont les propos ont une touche personnelle, mais qui reposent en fait sur un argumentaire mis au point par le ministère. Une équipe de cybernautes, en somme, pour diffuser de la désinformation positive en vue de tenter d’étouffer le débat, comme ce fut le cas lors de l’assaut naval israélien contre la flottille humanitaire de Gaza, en avril 2010.
L’existence d’une «équipe Internet de combat» est apparue au grand jour depuis qu’elle a été inscrite dans le budget du ministère des Affaires étrangères en 2009. Près de 105 000 € ont été réservés à une première phase de développement, et un financement supérieur est prévu pour la suite, en raison de l’importance prise par l’Internet dans la guerre psychologique contemporaine, au point de devenir un théâtre d’opérations dans le conflit israélo-palestinien.
Le soutien à Israël qui s’exprime, d’une manière passionnée, dans les sections interactives des sites Internet, forums, chats, blogs, Twitters et Face book, n’est pas aussi spontané qu’il n’apparaît à première vue. Une synchronisation est effectuée avec un groupe de défense privé, particulièrement actif GIYUS. ORG (Give Israel Your United Support). Ce groupe disposerait de près de 50 000 activistes, équipés d’un programme téléchargé «MEGAPHON», chargé d’alerter leurs ordinateurs chaque fois qu’un article critiquant Israël est publié. Ils sont alors censés bombarder le site de commentaires de soutien à Israël.
Spot and Shoot (2): En complément à la bataille de l’Internet, Israël a développé la guerre optronique (optique électronique) sous un programme intitulé Spot and Shoot (Repère et Tire), qui équivaut à un meurtre à distance par télécommande. Des opérateurs sont assis devant un écran de télévision à partir duquel ils peuvent contrôler l’action avec une manette de style PlayStation. Le but: tuer. Manié par des jeunes israéliennes qui font leur service militaire, Repère et tire, comme l’appelle l’armée israélienne, peut ressembler à un jeu vidéo, mais les silhouettes sur l’écran sont de vraies personnes, les Palestiniens de Gaza, qui peuvent être tués par la pression d’un bouton sur la manette. Des femmes soldats, situées loin de là dans une salle d’opération, ont la responsabilité de cibler et d’actionner les tirs des mitrailleuses télécommandées installées sur des tours de guet tous les quelques mètres le long de la grille électronique qui encercle Gaza.
Le système est l’un des derniers dispositifs de «meurtre à distance» développé par la Compagnie israélienne d’armement Rafael, l’ancienne division de la recherche en armement de l’armée israélienne, désormais une firme gouvernementale distincte. Le contrôle à distance du matériel militaire comme ‘Spot and Shoot’ est le visage de l’avenir. Il espère que d’ici une décennie, au moins un tiers des machines utilisées par l’armée israélienne pour le contrôle terrestre, aérien et maritime seront télécommandées.
B- KISS: Pour « Keep It Simple and Specific » ou « Keep It Stupid and Simple ». La méthode repose sur le principe selon lequel une question simple et précise vaut souvent mieux que d’aller droit au but en attendant que l’utilisateur fasse lui-même un raisonnement plus complexe. Offrez à votre interlocuteur la possibilité de donner son opinion. Faites-lui sentir qu’il est spécial à vos yeux. Tenir compte des remarques de l’interlocuteur et signaler le lui, cela encouragera sa réceptivité à vos arguments.
II- L’argumentaire ou la proposition du “The Israël Project’s 2009, Global Language Dictionary»
Le principe de base repose sur l’axiome selon lequel le langage d’Israël et le langage des Etats-Unis sont synonymes, s’articulant sur des mots basiques: «démocratie», «liberté», «sécurité».
Un rapport intitule “The Israël Project’s 2009 Global Language Dictionary», rédigé par Franz Lunzt, un américain sioniste, opérant pour le compte du groupe de pression, «The Israël Project (TIP)», basé à Washington, vise à faire la promotion de la version israélienne des évènements, en proposant d’expressions et vocabulaire « prêts à l’emploi » afin de donner une image positive d’Israël.
Ce rapport de 117 pages, établi en avril 2009 et mis à jour par Newsweek le 10 juillet 2010, part du constat que les médias sont la source principale de l’information sur le Moyen Orient pour la grande majorité des Américains. Il invite en conséquence les dirigeants pro israéliens à s’assurer que des histoires solides et « programmables à la TV » soient choisies et montrées dans les médias sur une base régulière.
Fondé sur des sondages auprès des Américains, le rapport est une leçon aux autorités américaines sur la manière de présenter le «plat Israël» à la planète. Le rapport se conclut par cette affirmation péremptoire: « ce n’est pas ce que vous dites qui compte. C’est ce que les gens entendent ».
De l’usage du vocabulaire et du ton: L’auteur donne plusieurs exemples des «mots pour le dire» dans des encadrés citant des exemples de ce qu’il ne faut pas dire, et ce qu’il faut dire. Il cite en exemple l’usage de l’Empathie:
«Même les questions les plus difficiles peuvent être contournées si vous êtres prêts à accepter la notion que l’autre côté a, au moins, une certaine crédibilité. Si vous commencez votre réponse avec « je comprends et je sympathise avec ceux qui » vous construisez déjà la crédibilité dont vous aurez besoin pour que votre audience sympathise et soit d’accord avec vous.
Un ton condescendant, paternaliste, fera fuir les Américains et Européens. «Nous sommes à un moment de l’histoire où les Juifs en général (et les Israéliens en particulier) ne sont plus perçus comme des personnes persécutées. Les audiences américaines et européennes -audiences non juives sophistiquées, éduquées, ayant leurs points de vue- les Israéliens sont souvent vus comme les occupants et les agresseurs» souligne-t-il.
L’auteur recommande de Différencier clairement Palestiniens et gens du Hamas. Par humilité, Ne pas prétendre qu’Israël est dans l’erreur ou sans-faute, mettre constamment l’accent sur les buts militariste du Jihad et du support iranien du terrorisme afin de créer de l’empathie pour Israël., rappelant régulièrement qu’Israël veut la paix, évoquant au passage des expressions telles « compromis », « diplomatie économique », « exemples d’efforts de paix » « prospérité économique » (pour les Palestiniens).
Dernière et non la moindre des recommandations: Parler du futur, jamais du passé, en laissant entrevoir un espoir. Eviter une attaque directe de votre opposant. Utiliser un ton doux. Montrer vos regrets que les Palestiniens aient été si pauvrement gouvernés. Et surtout «Ne pas parler de la religion, mais, en revanche, Faire un parallèle entre les États-Unis et Israël incluant la défense contre le terrorisme».
III – Le lobby pro israélien aux Etats-Unis
Le CAIAP (3) – Le CAIAP «Le Comité Américano-israélien des Affaires Publiques », est le deuxième lobby le plus puissant du pays après la National Rifle Association(le lobby des porteurs d’armes) dans la liste du National Journal. Son objectif est simple: un Israël puissant, libre d’occuper les territoires qu’il veut, des Palestiniens affaiblis et un soutien américain aveugle à Israël. Il dispose pour ce faire d’un formidable réseau de partisans dans tout le pays. Ses 100 000 membres, une augmentation de 60% par rapport à 2001, sont dirigés par neuf bureaux régionaux, leurs dix bureaux satellites, et l’équipe de Washington, un groupe d’une centaine de personnes hautement professionnel qui comprend des lobbyistes, des chercheurs, des analystes, des organisateurs et des publicitaires soutenus par un énorme budget de 47 millions de dollars par an.
L’équipe du CAIAP est célèbre au Congrès pour sa dextérité à recueillir les dernières informations sur les affaires du Moyen-Orient pour les convertir en communiqués politiques digestibles et soigneusement orientés (selon leurs idées) à l’usage des assistants parlementaires.
Le CAIAP concentre tous ses efforts sur le Congrès, la pression sur la branche exécutive est opérée par (le lobby) la «Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations» (la conférence des présidents des organisations majeures juives américaines). Ce groupe, moins connu que le CAIAP, dispose toutefois d’autant de pouvoir. Constitué des chefs de plus de 50 organisations juives américaines, la «Conference of Presidents» est censée représenter la voie collective de la communauté juive américaine, laquelle tend à être plutôt pacifiste au sujet des problèmes au Moyen Orient.
Hillary Clinton continue de vouloir faire oublier sa déclaration de 1998 pour un Etat palestinien et le baiser donné à Suha Arafat en 1999. Elle a depuis cherché à compenser en votant selon les idées du CAIAP sur presque toutes les questions.
Pour les élections en cours, elle a reçu 80 000 dollars de la part des pro israéliens, plus que n’importe quel autre candidat au Congrès. Du fait des dons, le lobby pro israélien peut compter sur la moitié de la Chambre des députés, de 250 à 300 membres, pour faire tout ce que le CAIAP veut, sans poser de questions.
Dans les faits, cette organisation est dirigée par son vice-président, Malcolm Hoenlein, longtemps proche du mouvement des colons. Pendant plusieurs années durant les années 1990, il a servi de président associé pour les dîners annuels new yorkais servant à récolter des fonds pour Bet El, une colonie militante près de Ramallah. En 20 ans de présence à la Conference, Hoenlein s’est assuré qu’Israël puisse poursuivre n’importe quelle politique choisie, y compris son expansion en Cisjordanie, sans aucune interférence des Etats-Unis. Durant les années Clinton, la «Conference of Presidents» était très enthousiaste durant la campagne pour le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.
En octobre 1995, le «Jerusalem Embassy Act» a été largement accepté dans les deux chambres du Congrès. La loi prévoyait le transfert de l’ambassade à Jérusalem en 1999 à moins que le président n’invoque un désistement au nom de la sécurité nationale. Ne voulant pas s’opposer au CAIAP, le président Clinton laissa passer le projet de loi sans le signer. Comme prévu, des protestations véhémentes se firent entendre dans toutes les capitales arabes et Clinton accomplit son devoir et invoqua le désistement, et il n’y eut pas de transfert. Mais tous les 6 mois son administration doit soumettre au Congrès un rapport expliquant comment il appliquait la loi.
Autre exemple sous l’administration de George Bush jr, à l’occasion de la présentation, en avril 2003, de la «road map» (plan de route) pour le Moyen Orient. Le plan désignait une série de voies parallèles que les Israéliens et les Palestiniens devaient emprunter simultanément et qui devaient mener à la création d’un Etat palestinien indépendant au cours de l’année 2005. Le plan reflétait la conviction de l’administration selon laquelle, comme elle se préparait à envahir l’Irak, elle devait montrer au monde arabe qu’elle travaillait activement pour résoudre l’impasse israélo-palestinienne.
Mais l’exigence qu’Israël travaille à un accord conjointement avec les Palestiniens semblait être pour le CAIAP et Sharon une pression politique regrettable et le lobby travailla avec ses amis au Congrès pour écrire une lettre qui en disait autant. Le plan de route finit par échouer. Cela a été causé par plusieurs facteurs, notamment la violence continue dans la région, mais la pression exercée par le CAIAP y a certainement contribué. Il en est de même pour le dossier nucléaire iranien.
Un élément clé du réseau est le «Washington Institute For Near East Policy». Le CAIAP a aidé á la création de cet organisme de réflexion en 1985, avec Martin Indyk, directeur de recherche du CAIAP qui en est devenu le premier directeur. Ses politiques sont globalement le miroir de celles du CAIAP. Le directeur exécutif, Robert Satloff, est un néo-conservateur, le directeur de recherche, Patrick Clawson, a été un partisan d’un changement de régime en Iran et pour une confrontation entre les Etats-Unis et Téhéran au sujet de son programme nucléaire.
Enfin, dernier et non le moindre, l’éditeur du «Activities Update» n’est autre que Michael Lewis, fils de Bernard Lewis, l’universitaire de Princetown et interprète du monde arabe qui a donné des conseils á l’administration George Bush dans les mois précédant la guerre en Irak, et, surtout, Maître à penser de l’intellectuel évolutif Alexandre Adler, éditorialiste au Figaro et de la cohorte des néo conservateurs français.
IV – La capitulation américaine face à Israël: Une assistance au suicide
La capitulation de Barack Obama, président de la première puissance militaire de la planète, devant le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu sur les conditions de déroulement des négociations israélo-palestiniennes, la pression permanente exercée par Israël sur les Etats-Unis et l’Europe, tant en ce qui concerne la neutralisation du potentiel nucléaire iranien que sur les conclusions de l’enquête internationale du Tribunal spécial sur le Liban concernant l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, illustrent la prédominance du fait israélien dans la détermination de la diplomatie occidentale, au point de brider sa marge de manœuvre, entraînant, par contre coup, sa perte d’autonomie; Un fait qui explique une part du rejet occidental dans la sphère arabo musulmane.
Jamais dans l’histoire de l’humanité, une superpuissance de 310 millions d’habitants n’est apparue aussi complètement inféodée à un petit pays de sept millions d’individus.
Jamais dans l’histoire, un pays au PIB annuel de l’ordre de 200 milliards de dollars, n’a autant imposé sa volonté à une superpuissance pesant 14. 510 milliards de PIB annuel. En vain.
Au point que des universitaires américains posent la question du bien fondé de cette alliance, notamment Andrew Bacevic, professeur des relations internationales à la Boston University, qui dresse le constat de «l’échec l’art occidental de la guerre (4) et que le militant de la paix israélien Uri Avnery estime que le soutien américain à Israël relève de l’assistance au suicide (5).
L’hostilité grandissante de l’opinion mondiale vis à vis d’un tel comportement s’est récemment traduite par la reconnaissance de l’Etat de Palestine dans les frontières de 1967 par le Brésil, la Bolivie, l’Argentine, ainsi que par la lettre de 26 anciens dirigeants européens (Chris Patten, Giuliano Amato, Felipe González, Lionel Jospin, Hubert Védrine, Romano Prodi, Javier Solana) appelant l’Union européenne à prendre des sanctions si, d’ici le printemps, le gouvernement israélien ne change pas de politique.
Mais, curieusement, la sonnette d’alarme des dirigeants européens n’a pas rencontré beaucoup d’échos dans la presse internationale, particulièrement française, signe patent de la tétanie des medicarates devant le lobby pro israélien.
Suivra … RN
René Naba 15.01.2011 Paris
Notes
1- Jonathan Cook, The national (Nazareth) Le 25 juillet 2009. Pour consulter cet article, le lien suivant: http://www.thenational.ae/apps/pbcs.dll/article?AID=/20090721/FOREIGN/707209856/1135
3- Comment Israël tente d’étouffer le débat, Michael Massing 11 Mai 2006. Paru en anglais sous le titre “The Storm over the Israel Lobby” IN THE NEW YORK REVIEW OF BOOKS, VOLUME 53, NUMÉRO 10, 8 JUIN 2006, Voir en ligne: http://www.nybooks.com/articles/19062. Ainsi que: «Le lobby pro israélien et la politique étrangère américaine» de John Mearsheimer et S.Valt –Editions La Découverte- septembre 2007 -«Une haine imaginaire? Essai sur le nouvel antisémitisme en France» de Guillaume Weil Raynal- Editions Armand Collin-2006. -«Les nouveaux désinformateurs» de Guillaume Weil Raynal- Editions Armand Collon-2007.
4- Sur la stratégie globale de l’occident, Cf. à ce propos «La fin de l’histoire militaire? Les Etats-Unis, Israël et l’échec de l’art occidental de la guerre par Andrew J. Bacevich, Professeur d’Histoire et de relations internationales à la Boston University, mis en ligne le 27 Décembre 2010 sur tom dispatch.com. Texte traduit en français par Albert Caillé.
https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=gmail&attid=0.1&thid=12d2e2f02a282719&mt=application/
5- Uri Avnery: «En Israël, une telle assistance est un crime. En revanche, le suicide ne l’est pas. Ceux que les dieux veulent détruire, ils les rendent d’abord fous. Espérons que nous retrouverons nos esprits avant qu’il ne soit trop tard’ », écrit le pacifiste israélien face à l’hostilité grandissante de l’opinion mondiale vis à vis d’un tel comportement. («Ship of fools 2», Gush Shalom, 18 Décembre 2010).

marți, 21 decembrie 2010

Ex ministru de externe al Franței, Roland Dumas : « Le 11-Septembre, JE N’Y CROIS PAS »

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Article imprimé à partir du site de  l'Association CAPJPO-EuroPalestine:
http://www.europalestine.com
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ROLAND DUMAS : « LE 11-SEPTEMBRE, JE N’Y CROIS PAS »
Publié le 19-12-2010

Coming out. Jeudi, Roland Dumas, ancien président du Conseil  constitutionnel, a révélé, dans l’émission Ce soir ou jamais, « ne pas  croire » en la « théorie officielle » du 11-Septembre. Contacté en   exclusivité par Oumma, l’ex-ministre des Affaires étrangères s’explique.
"Roland Dumas : « Le 11-Septembre, je n’y crois pas »
par Hicham Hamza
"Frédéric Taddeï l’a échappé belle. Après le tollé médiatique provoqué l’an dernier par l’intervention de Mathieu Kassovitz dans son émission, l’animateur de France 3 a retenu, cette fois-ci, la leçon en désamorçant rapidement le commentaire explosif de son invité, Roland Dumas, au sujet, à nouveau, du 11-Septembre. Sollicité jeudi soir pourdébattre du « déclin de l’Occident »,l’avocat a vivement réagi aux propos de son interlocutrice, la géopolitologue Thérèse Delpech, sur le thème-marronnier de la guerre au terrorisme.
Extraits :
Roland Dumas : Pourquoi l’Occident s’acharne-t-il à aller dans des pays où il n’y a rien à faire ? Qu’est-ce que la force américaine est allée faire en Afghanistan ? Elle a trouvé la source du terrorisme ? Quoi, elle va trouver des types qui viennent faire sauter des… Pas du tout !
Thérèse Delpech : Il y a quelque chose qui s’appelle le 11-Septembre, quand même.
Roland Dumas : Ecoutez ,le 11-Septembre […] Moi, je vous dirai ce que je pense sur le 11-Septembre, je n’y crois pas. Mais ça, c’est autre chose. Frédéric Taddeï : On va pas faire un débat sur le 11- Septembre ! Maintenant, restons en 2010 !

Face au trio de ses contradicteurs atlantistes (le nouveau secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur Pierre Lellouche, la philosophe Thérèse Delpech et l’essayiste Guy Sorman), Roland Dumas persiste et signe en évoquant une « théorie officielle » du 11-Septembre. Et alors que son interlocutrice lui rappelle qu’il y a des « limites », l’ancien ministre s’insurge contre ce qu’il nomme une « dictature intellectuelle ». Sur son blog, l’intellectuel Guy Sorman a, pour sa part, qualifié Roland Dumas de « théoricien du complot » avant de dévoiler  incidemment un élément méconnu quant au positionnement de l’animateur : « Ma soirée fut totalement gâchée lorsque, hors antenne, Frédéric Taddéi m’avoua que, parmi les téléspectateurs, les adeptes de la théorie du complot étaient infiniment plus nombreux que ceux des faits. Ce serait pire encore, dit-il, si l’on sortait des frontières de l’Occident ».

Diplomatie option punk
Réputé pour son franc-parler, l’ancien député socialiste issu de la Résistance, âgé de 88 ans, n’avait pas manqué auparavant de fustiger,à plusieurs reprises, les défenseurs zélés des Etats-Unis ou d’Israël.
Visiblement, Roland Dumas, sur le point de sortir un ouvrage consacré à sa relation d’un demi-siècle avec François Mitterrand, continue  d’affirmer une liberté de ton, y compris sur des sujets encore plus délicats que le bellicisme américain ou la colonisation israélienne. A l’instar de plusieurs personnalités politiques à travers le monde , l’avocat, spécialisé dans le droit de l’information et ancien défenseur du Canard enchaîné, a transgressé la loi du silence qui prévaut en France sur les évènements du 11 septembre 2001.
Oumma l’avait déjà rencontré, l’hiver dernier, pour une série d’entretiens, notamment à propos de la politique étrangère de la France, de l’Iran ou de l’islamophobie hexagonale. En exclusivité, nous l’avons sollicité pour éclaircir son propos, quelque peu énigmatique, au sujet du 11-Septembre.

Vous avez déclaré hier soir dans l’émission de Frédéric Taddeï ne pas croire au 11-Septembre. Que voulez-vous dire par là ?
Eh bien, je crois qu’on ne peut pas faire plus clair ! Je ne crois pasà ce qui a été raconté à ce sujet.

A quoi faites-vous allusion précisément ?
Il y a énormément de faits anormaux dans la version officielle. J’ai lu et étudié de nombreuses recherches faites sur la question.  Beaucoup d’éléments ne tiennent pas : il suffit de se pencher, par  exemple, sur le cas du trou de l’avion dans le Pentagone, beaucoup trop petit, ou sur d’autres aspects moins connus.
La version officielle vous semble-t-elle davantage mensongère ou  lacunaire ?
Encore une fois, il suffit de se pencher sérieusement dessus pour se faire une idée. Je ne veux pas, pour l’instant, revenir là-dessus et commenter un commentaire personnel mais, effectivement, la version officielle ne tient pas.
Votre remarque, atypique pour une personnalité politique, n’a pas été  reprise par Frédéric Taddeï. Comment expliquez-vous, plus  généralement, la difficulté d’un tel débat en France par rapport aux  Etats-Unis où cette controverse est pourtant traitée dans les médias ?
Il faut croire que les subalternes sont sans doute plus zélés que leurs maîtres !
Propos recueillis par Hicham Hamza le vendredi 17 décembre 2010. pour Oumma.com


Source : http://www.oumma.com/Roland-Dumas-Le-11-Septembre-je-n

miercuri, 6 octombrie 2010

La National Endowment for Democracy (NED), vitrine légale de la CIA 
par Thierry Meyssan*

Vă rog să citiți acest text selectat de mine, în speranța că vă poate interesa. Există posibilitatea ca acest articol, studiu, să fie nu doar o investigație jurnalistică completă sau răspunsul la o manipulare, ci chiar o altă manipulare. De aceea menționez rezervele mele. Dar datele nu sunt noi. Alte fundații, alți intelectuali au fost, la vremea lor, antenele propagandei și manipulării în contextul Războiului rece. Sovieticii erau specialiști în «măsuri active», adică în dezinformare, dar răspunsurile occidentale nu au fost mai prejos calitativ și activ. Nu neapărat în folosul subiecților manipulării, așa cum eram cei de pe meleagurile Europei de Est. Cu prietenie, Dan Culcer

La NED, vitrine légale de la CIA 
par Thierry Meyssan*

Depuis 30 ans, la National Endowment for Democracy (NED) sous-traite la partie légale des opérations illégales de la CIA. Sans éveiller de soupçons, elle a mis en place le plus vaste réseau de corruption du monde, achetant syndicats ouvriers et patronaux, partis politiques de gauche et de droite, pour qu’ils défendent les intérêts des Etats-Unis au lieu de ceux de leurs membres. Thierry Meyssan décrit ici l’étendue de ce dispositif.




6 OCTOBRE 2010

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ONG
 National Endowment for Democracy

Thèmes
 Action secrète

En 2006, le Kremlin dénonçait la prolifération d’associations étrangères en Russie, dont certaines auraient participé à un plan secret de déstabilisation du pays orchestré par la Fondation américaine pour la démocratie (National Endowment for Democracy – NED). Pour prévenir une « révolution colorée », Vladislav Surkov élaborait une stricte réglementation de ces « organisations non-gouvernementales (ONG) ». A l’Ouest, cet encadrement administratif était décrit comme une nouvelle attaque du « dictateur » Poutine et de son conseiller contre la liberté d’association.
Cette politique a été suivie par d’autres Etats qui, à leur tour, ont été présentés par la presse internationale comme des « dictatures ».
Le gouvernement des Etats-Unis assure qu’il s’emploie à « la promotion de la démocratie dans le monde ». Il revendique que le Congrès puisse subventionner la NED et que celle-ci puisse, à son tour et en toute indépendance, aider directement ou indirectement des associations, des partis politiques ou des syndicats, oeuvrant en ce sens n’importe où dans le monde. Les ONG étant, comme leur dénomination l’indique, « non-gouvernementales » peuvent prendre des initiatives politiques que les ambassades ne pourraient assumer sans violer la souveraineté des Etats qui les reçoivent. Toute la question réside donc là : la NED et le réseau d’ONG qu’elle finance sont-elles des initiatives de la société civile injustement réprimées par le Kremlin ou des paravents des services secrets US pris en flagrant délit d’ingérence ?
Pour répondre à cette question, nous allons revenir sur l’origine et le fonctionnement de la National Endowment for Democracy. Mais avant toute chose, nous devons analyser ce que signifie le projet officiel des Etats-Unis d’« exportation de la démocratie ».

Les puritains qui fondèrent les Etats-Unis voulaient en faire une « cité radieuse » éclairant le monde. Ils se pensèrent comme les missionnaires d’un modèle politique.
Quelle démocratie ?
Les Etats-uniens, en tant que peuple, adhèrent à l’idéologie de leurs pères fondateurs. Ils se pensent comme une colonie venue d’Europe pour fonder une cité obéissante à Dieu. Ils conçoivent leur pays comme « une lumière sur la montagne », selon l’expression de Saint Mathieu reprise durant deux siècles par la plupart de leurs présidents dans leurs discours politiques. Les Etats-Unis seraient une nation modèle, brillant en haut d’une colline, éclairant le monde. Et tous les autres peuples de la terre espéreraient copier ce modèle pour atteindre leur salut.
Pour les Etats-uniens, cette croyance naïve implique comme allant de soi que leur pays est une démocratie exemplaire et qu’ils ont un devoir messianique de l’étendre au reste du monde. Alors que Saint Mathieu envisageait la propagation de la foi par le seul exemple d’une vie juste, les pères fondateurs des Etats-Unis pensaient l’allumage de leur feu et sa propagation comme un changement de régime. Les puritains anglais décapitèrent Charles Ier avant de fuir vers les Pays-Bas et les Amériques, puis les patriotes du Nouveau monde rejetèrent l’autorité du roi George III d’Angleterre et proclamèrent l’indépendance des Etats-Unis.
Imprégnés de cette mythologie nationale, les Etats-Uniens ne perçoivent pas la politique extérieure de leur gouvernement comme un impérialisme. A leurs yeux, il est d’autant plus légitime de renverser un gouvernement que celui-ci ambitionne d’incarner un modèle différent du leur, donc maléfique. De même, sont-ils persuadés qu’investis de leur mission messianique, ils sont parvenus à imposer par la force la démocratie dans des pays qu’ils ont occupé. Ils apprennent par exemple dans leurs écoles que les GI’s ont apporté la démocratie en Allemagne. Ils ignorent que l’histoire est exactement inverse : leur gouvernement aida Hitler à renverser la République de Weimar et à instaurer un régime militaire pour combattre les Soviets.
Cette idéologie irrationnelle les empêche de s’interroger sur la nature de leurs institutions et sur l’absurdité du concept de « démocratie forcée ».
Or, selon la formule du président Abraham Lincoln, « la démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
De ce point de vue, les Etats-Unis ne sont pas une démocratie, mais un système hybride, dans lequel le pouvoir exécutif revient à une oligarchie, tandis que le peuple en limite l’arbitraire grâce aux contre-pouvoirs législatif et judiciaire. En effet, si le peuple élit le Congrès et certains juges, ce sont les Etats fédérés qui élisent le pouvoir exécutif et ce dernier qui désigne les hauts magistrats. Bien que les citoyens soient appelés à se prononcer sur le choix de leur président, leur vote en la matière n’est que consultatif, comme l’a rappelé la Cour suprême en 2000 dans l’affaire Gore contre Bush. La Constitution des Etats-Unis ne reconnaît pas la souveraineté du peuple, car le pouvoir est partagé entre lui et les Etats fédérés, c’est-à-dire les notables locaux.
Au passage, on observera que la Constitution de la Fédération de Russie est au contraire démocratique — sur le papier tout au moins — en ce qu’elle affirme : « Le détenteur de la souveraineté et l’unique source du pouvoir dans la Fédération de Russie est son peuple multinational » (Titre I, Ch. 1, art.3).
Ce contexte intellectuel explique que les Etats-Uniens soutiennent leur gouvernement lorsqu’il annonce vouloir « exporter la démocratie », alors même que leur pays n’en est pas une constitutionnellement. Mais, on ne voit pas comment ils pourraient exporter ce qu’ils n’ont pas et ne veulent pas avoir chez eux.
Au cours des trente dernières années, cette contradiction a été portée par la NED et s’est concrétisée par la déstabilisation de nombreux Etats. Des milliers de militants et d’ONG crédules ont violé la souveraineté des peuples avec le sourire béat de la bonne conscience.

Une Fondation pluraliste et indépendante
Dans son célèbre discours du 8 juin 1982 devant le Parlement britannique, le président Reagan dénonça l’Union soviétique comme « l’Empire du Mal » et proposa de venir en aide aux dissidents là-bas et ailleurs. « Il s’agit de contribuer à créer l’infrastructure nécessaire à la démocratie : la liberté de la presse, des syndicats, des partis politiques, des universités : ainsi les peuples seront-ils libres de choisir telle voie qui leur conviendra pour développer leur culture et régler leurs différents par des moyens pacifiques », déclara t-il.
Sur cette base consensuelle de lutte contre la tyrannie, une commission de réflexion bipartisane préconisa à Washington la création de la Fondation nationale pour la démocratie (NED). Celle-ci fut instituée par le Congrès en novembre 1983 et immédiatement financée.
La Fondation subventionne quatre structures autonomes qui redistribuent à l’étranger l’argent disponible à des associations, des syndicats ouvriers et patronaux, et des partis de droite et de gauche. Il s’agit de : 
 L’Institut des syndicats libres (Free Trade Union Institute – FTUI), aujourd’hui renommé Centre américain pour la solidarité des travailleurs (American Center for International Labor Solidarity – ACILS), géré par le syndicat ouvrier AFL-CIO ; 
 Le Centre pour l’entreprise privée internationale (Center for International Private Entreprise – CIPE), géré par la Chambre de commerce des Etats-Unis ; 
 L’Institut républicain international (International Republican Institute – IRI), géré par le Parti républicain ; 
 Et l’Institut national démocratique pour les affaires internationales (National Democratic Institute for International Affairs – NDI), géré par le Parti démocrate.
Présenté de cette manière, la NED et ses quatre pseudopodes paraissent basés sur la société civile dont ils reflètent la diversité sociale et le pluralisme politique. Financés par le peuple états-unien, via le Congrès, ils oeuvreraient à un idéal universel. Ils seraient complètement indépendants de l’administration présidentielle. Et leur action transparente ne pourrait pas masquer des opérations secrètes servant des intérêts nationaux inavoués.
La réalité est complètement différente.

En 1982, Ronald Reagan a créé la NED en partenariat avec le Royaume-Uni et l’Australie, pour renverser « l’Empire du Mal ».
Une mise en scène de la CIA, du MI6 et de l’ASIS
Le discours de Ronald Reagan à Londres prend place après les scandales entourant la révélation par des commissions d’enquête parlementaires des coups tordus de la CIA. Le Congrès interdit à l’Agence d’organiser de nouveaux coups d’Etat pour conquérir des marchés. A la Maison-Blanche, le Conseil de sécurité nationale cherche donc à mettre en place d’autres outils pour contourner cet interdit.
La Commission de réflexion bipartisane a été constituée avant le discours de Ronald Reagan, même si elle n’a officiellement reçu de mandat de la Maison-Blanche qu’après. Elle ne répond donc pas à la grandiloquente ambition présidentielle, mais la précède. Par conséquent, le discours n’est que l’habillage rhétorique de décisions déjà arrêtées dans leurs grandes lignes et destinées à être mises en scène par la commission bipartisane.
Celle-ci était présidée par le représentant spécial des Etats-Unis pour le Commerce, ce qui indique qu’elle n’envisageait pas la promotion de la démocratie, mais, selon une terminologie consacrée, de la « démocratie de marché ». Ce concept étrange correspond au modèle états-unien : une oligarchie économique et financière impose ses choix politiques via les marchés et l’Etat fédéral, tandis que les parlementaires et juges élus par le peuple protègent les individus de l’arbitraire de l’administration.
Trois des quatre organismes périphériques de la NED ont été formés pour la circonstance. Cependant il n’a pas été nécessaire de créer le quatrième, l’organisme syndical (ACILS). Celui-ci existait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, bien qu’il ait changé de nom en 1978 lorsqu’on dévoila sa subordination à la CIA. D’où l’on peut déduire que le CIPE, l’IRI et le NDI ne sont pas nés par génération spontanée, mais également sous la houlette de la CIA.
De plus, bien que la NED soit une association de droit états-unien, elle n’est pas un outil de la seule CIA, mais un dispositif commun avec les services britannique (ce pourquoi elle est annoncée par Reagan à Londres) et australien. Ce point central est toujours passé sous silence. Il est pourtant confirmé par les messages de félicitation adressés par les Premiers ministres Tony Blair et John Howard lors du XXe anniversaire de la soi-disante « ONG ». La NED et ses pseudopodes sont des organes du pacte militaire anglo-saxon liant Londres, Washington et Canberra au même titre que le réseau d’interception électronique Echelon. Ce dispositif peut être requis non seulement par la CIA, mais aussi par le MI6 britannique et l’ASIS australien.
Pour dissimuler cette réalité, la NED a suscité chez des alliés la création d’organisations analogues qui travaillent avec elle. En 1988, le Canada s’est doté d’un centre Droits & Démocratie, qui s’est surtout focalisé sur Haïti, puis sur l’Afghanistan. En 1991, le Royaume-Uni a institué la Westminster Foundation for Democracy (WFD). Le fonctionnement de cet organisme public est calqué sur celui de la NED : son administration est confiée aux partis politiques (huit délégués : trois pour le Parti conservateur, trois pour le Parti travailliste, un pour le Parti libéral, et un dernier pour les autres partis représentés au Parlement). La WFD a beaucoup travaillé en Europe orientale. Enfin, en 2001, l’Union européenne s’est dotée du European Instrument for Democracy and Human Rights (EIDHR), qui suscite moins de soupçons que ses homologues. Ce bureau relève d’EuropAid, dirigé par un haut fonctionnaire aussi puissant qu’inconnu, le Néerlandais Jacobus Richelle.
La directive présidentielle 77
En votant la fondation de la NED, le 22 novembre 1983, les parlementaires US ignoraient qu’elle existait déjà en secret, en vertu d’une directive présidentielle datée du 14 janvier.
Ce document, qui n’a été déclassifié que deux décennies plus tard, organise la « diplomatie publique », expression politiquement correcte pour désigner la propagande. Il institue à la Maison-Blanche des groupes de travail au sein du Conseil de sécurité nationale, dont un chargé de piloter la NED.

Henry Kissinger, administrateur de la NED. Un « représentant de la société civile » ?
Par conséquent, le conseil d’administration de la Fondation n’est qu’une courroie de transmission du Conseil de sécurité nationale. Pour maintenir les apparences, il a été convenu que, d’une manière générale, les agents et anciens agents de la CIA ne pourraient être nommés administrateurs.
Les choses sont néanmoins transparentes. La plupart des hauts fonctionnaires ayant joué un rôle central au Conseil de sécurité nationale ont été administrateurs de la NED. C’est par exemple le cas d’Henry Kissinger, Franck Carlucci, Zbigniew Brzezinski, ou encore Paul Wolfowitz ; des personnalités qui ne resteront pas dans l’Histoire comme des idéalistes de la démocratie, mais comme des stratèges cyniques de la violence.
Le budget de la Fondation ne peut être interprété isolément puisqu’elle reçoit ses instructions du Conseil de sécurité nationale pour mener des actions s’inscrivant dans de vastes opérations inter-agences. Des fonds, notamment lorsqu’ils proviennent de l’Agence d’aide internationale (USAID), transitent par la NED sans apparaître dans son budget, simplement pour les « non-gouvernementaliser ». En outre, la Fondation reçoit indirectement de l’argent de la CIA, après qu’il ait été blanchi par des intermédiaires privés comme la Smith Richardson Foundation, la John M. Olin Foundation ou encore la Lynde and Harry Bradley Foundation.
Pour évaluer l’ampleur de ce programme, il faudrait cumuler le budget de la NED avec les sous-budgets correspondants du département d’Etat, de l’USAID, de la CIA, et du département de la Défense. Une telle estimation est aujourd’hui impossible.
Certains éléments connus permettent néanmoins de disposer d’un ordre de grandeur. Les Etats-Unis ont dépensé au cours des cinq dernières années plus d’1 milliard de dollars pour des associations et partis au Liban, un petit Etat de 4 millions d’habitants. Globalement, la moitié de cette manne a été distribuée publiquement par le département d’Etat, l’USAID et la NED, l’autre moitié a été versée secrètement par la CIA et le département de la Défense. Cet exemple permet d’extrapoler que le budget général de corruption institutionnelle par les Etats-Unis se compte en dizaines de milliard de dollars annuels. Au demeurant, le programme équivalent de l’Union européenne, qui est entièrement public et fournit un appoint aux actions états-uniennes, est de 7 milliards d’euros annuels.
En définitive, la structure juridique de la NED et le volume de son budget officiel ne sont que des leurres. Par essence, elle n’est pas un organisme indépendant chargé d’actions légales autrefois dévolues à la CIA, mais elle est une vitrine que le Conseil de sécurité nationale charge de réaliser les éléments légaux d’opérations illégales.
La stratégie trotskiste
Au cours de sa phase de mise en place (1984), la NED a été présidée par Allen Weinstein, puis durant quatre ans par John Richardson (1984-88), enfin par Carl Gershman (depuis 1998).
Ces trois hommes ont trois points communs. Ils sont juifs, ont milité au sein du parti trotskiste Social Democrats USA, et ont travaillé à la Freedom House. Il y a une logique à cela : par haine du stalinisme, certains trotskistes ont rejoint la CIA pour lutter contre les Soviétiques. Ils ont apporté avec eux la théorie de la prise de pouvoir mondiale, en la transposant aux « révolutions colorées » et à la « démocratisation ». Ils ont simplement déplacé la vulgate trotskiste en l’appliquant au combat culturel analysé par Antonio Gramsci : le pouvoir s’exerce dans les esprits plus que par la force. Pour gouverner les masses, une élite doit d’abord leur inculquer une idéologie qui programme leur acceptation du pouvoir qui les domine.
Le Centre américain pour la solidarité des travailleurs (ACILS)

Connu sous le nom de Solidarity Center, l’ACILS, branche syndicale de la NED, est de très loin son principal canal. Il distribue plus de la moitié des dons de la Fondation. Il a pris la succession des organismes antérieurs qui ont servi tout au long de la Guerre froide à structurer les syndicats non-communistes dans le monde, du Vietnam à l’Angola, en passant par la France et le Chili.
Le fait de choisir des syndicalistes pour couvrir ce programme de la CIA est d’une rare perversité. Loin du slogan marxiste « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », l’ACILS associe les syndicats ouvriers états-uniens à l’impérialisme qui écrase les travailleurs des autres pays.
Cette filière était dirigée par un personnage haut en couleurs, Irving Brown, de 1948 jusqu’à sa mort en 1989.

En 1981, Irving Brown place Jean-Claude Mailly comme assistant du secrétaire général de Force Ouvrière, André Bergeron. Ce dernier reconnaîtra financer son activité grâce à la CIA. Mailly devient secrétaire général de FO, en 2004.
Certains auteurs assurent que Brown était le fils d’un Russe blanc, compagnon d’Alexandre Kerensky. Ce qui est certain, c’est qu’il fut agent de l’OSS, le service de renseignement US durant la Seconde Guerre mondiale et participa à la création de la CIA et du réseau Gladio de l’OTAN. Il refusa d’en prendre la direction, préférant se concentrer sur sa spécialité, les syndicats. Il fut basé à Rome, puis à Paris, et non pas à Washington, de sorte qu’il eut une influence particulière sur la vie publique italienne et française. A la fin de sa vie, il se vantait ainsi de n’avoir cessé de diriger en sous-main le syndicat français Force Ouvrière, d’avoir tiré les ficelles du syndicat étudiant UNI (où militèrent Nicolas Sarkozy et ses ministres François Fillon, Xavier Darcos, Hervé Morin et Michèle Alliot-Marie, ainsi que le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer et le président du groupe parlementaire majoritaire Jean-François Copé), et d’avoir personnellement formé à gauche des membres d’un groupuscule trotskiste dont Jean-Christophe Cambadelis et le futur Premier ministre Lionel Jospin.
A la fin des années 90, les adhérents de la confédération AFL-CIO ont exigé des comptes sur les activités réelles de l’ACILS, alors que leur caractère criminel dans de nombreux pays avait été abondamment documenté. On aurait pu croire que les choses auraient changé après ce grand déballage. Il n’en est rien. En 2002 et 2004, l’ACILS a participé activement au coup d’Etat manqué au Venezuela contre le président Hugo Chavez et à celui, réussi, en Haïti, renversant le président Jean-Bertrand Aristide.
Aujourd’hui l’ACILS est dirigé par John Sweeney, ancien président de la confédération AFL-CIO, qui est lui aussi issu du parti trotskiste Social Democrats USA.
Le Centre pour l’entreprise privée internationale (CIPE)

Le Centre pour l’entreprise privée internationale (CIPE) se focalise sur la diffusion de l’idéologie capitaliste libérale et la lutte contre la corruption.
La première réussite du CIPE, c’est la transformation, en 1987, du European Management Forum —un club de grands patrons européens— en World Economic Forum —le club de la classe dirigeante transnationale—. Le grand rendez-vous annuel du gotha économique et politique global dans la station de ski suisse de Davos a contribué à forger une appartenance de classe au-delà des identités nationales.
Le CIPE veille à n’avoir aucun lien structurel avec le Forum de Davos, et il n’est pas possible —pour le moment— de prouver que le World Economic Forum est instrumenté par la CIA. A contrario, les responsables de Davos seraient bien en peine d’expliquer pourquoi certains leaders politiques ont choisi leur Forum économique pour y jouer des événements de la plus haute importance s’il ne s’agissait d’opérations planifiées par le Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis. Par exemple, en 1988, c’est à Davos —et pas à l’ONU— que la Grèce et la Turquie font la paix. En 1989, c’est à Davos que les deux Corée d’une part et les deux Allemagne d’autre part, tiennent leur premier sommet à niveau ministériel pour les uns et leur premier sommet sur la réunification pour les autres. En 1992, c’est encore à Davos que Frederik de Klerk et Nelson Mandela libre viennent ensemble présenter pour la première fois à l’étranger leur projet commun pour l’Afrique du Sud. Toujours plus invraisemblable, c’est à Davos qu’en 1994, après l’Accord d’Oslo, que Shimon Peres et Yasser Arafat viennent négocier et signer son application à Gaza et Jéricho.
Le contact entre le Forum et Washington passe notoirement par Susan K. Reardon, l’ancienne directrice de l’association professionnelle des employés du département d’Etat devenue directrice de la Fondation de la Chambre de Commerce des Etats-Unis, qui gère le CIPE.
L’autre réussite du Centre pour l’entreprise privée internationale, c’est Transparency International. Cette « ONG » a officiellement été créée par un officier de renseignement militaire US, Michael J. Hershman, qui est par ailleurs administrateur du CIPE et aujourd’hui un des responsables du recrutement des informateurs du FBI aussi bien que le Pdg de l’agence de renseignement privée Fairfax Group.
Transparency International est avant tout une couverture pour les activités d’intelligence économique de la CIA. C’est aussi un outil de communication pour contraindre des Etats à modifier leurs législations dans le sens de l’ouverture de leurs marchés.
Pour masquer l’origine de Transparency International, le CIPE a fait appel au savoir-faire de l’ancien directeur de presse de la Banque mondiale, le néo-conservateur Frank Vogl. Ce dernier a mis en place un Comité de personnalités qui a contribué à donner l’impression d’une association issue de la société civile. Ce comité de façade est animé par Peter Eigen, ancien directeur de la Banque mondiale en Afrique de l’Est, dont l’épouse était en 2004 et 2009 la candidate du SPD à la présidence de la République fédérale allemande.
Le travail de Transparency International sert les intérêts US et n’est aucunement fiable. Ainsi, en 2008, la pseudo ONG dénonçait la corruption de PDVSA, la société publique des pétroles du Venezuela, et, sur la base d’informations falsifiées, la plaçait en dernière position dans son classement mondial des entreprises publiques. Le but était évidemment de saboter la réputation d’une entreprise qui constitue le socle économique de la politique anti-impérialiste du président Hugo Chavez. Prise en flagrant délit d’intoxication, Transparency International refusa de répondre aux questions de la presse latino-américaine et de corriger son rapport. Rien d’étonnant au demeurant lorsqu’on se souvient que le correspondant du CIPE au Venezuela, Pedro Carmona, avait brièvement été installé au pouvoir par les USA, lors du coup d’Etat manqué de 2002 contre Hugo Chavez.
D’une certaine manière, en focalisant l’attention des médias sur la corruption économique, Transparency International masque l’activité de la NED : la corruption politique des élites dirigeantes au profit des Anglo-Saxons.
L’Institut républicain international (IRI) et l’Institut national démocratique pour les affaires internationales (NDI)

L’Institut républicain international (IRI) a pour vocation de corrompre les partis de droite, tandis que l’Institut national démocratique pour les affaires internationales (NDI) traite les partis de gauche. Le premier est présidé par John McCain, le second par Madeleine Albright. Ces deux personnalités ne doivent donc pas être perçues comme des politiciens ordinaires, un leader d’opposition et une sage retraitée, mais comme des responsables actifs de programmes du Conseil de sécurité nationale.

Pour encadrer les principaux partis politiques dans le monde, l’IRI et le NDI ont renoncé à contrôler l’Internationale libérale et l’Internationale socialiste. Ils ont donc créé des organisations rivales, l’Union démocratique internationale (IDU) et l’Alliance des démocrates (AD). La première est présidée par l’Australien John Howard. Le Russe Leonid Gozman de Juste cause (Правое дело) en est vice-président. La seconde est dirigée par l’Italien Gianni Vernetti et co-présidée par le Français François Bayrou.
L’IRI et le NDI s’appuient aussi sur les fondations politiques liées aux grands partis européens (six en Allemagne, deux en France, une aux Pays-Bas et une autre encore en Suède). En outre, certaines opérations ont été sous-traitées à de mystérieuses sociétés privées, comme Democracy International Inc. qui a organisé les dernières élections truquées en Afghanistan.

Ancien adjoint de Rahm Emanuel et actuel responsable du NDI, Tom McMahon est venu en France organiser les primaires du Parti socialiste.
Tout cela laisse un goût amer. Les Etats-Unis ont corrompu la plupart des grands partis politiques et syndicats dans le monde. En définitive, la « démocratie » qu’ils promeuvent consiste à discuter de questions locales dans chaque pays –voire de questions sociétales comme les droits des femmes ou des gays– et à s’aligner sur Washington pour toutes les questions internationales. Les campagnes électorales sont devenues des spectacles dont la NED choisit le casting en fournissant à certains et pas à d’autres les moyens financiers dont ils ont besoin. Même la notion d’alternance a perdu son sens, puisque la NED promeut alternativement un camp ou un autre pourvu qu’il poursuive la même politique étrangère et de défense.
On se lamente aujourd’hui dans l’Union européenne et ailleurs sur la crise de la démocratie. Celle-ci a pour responsables évidents la NED et les Etats-Unis. Et comment qualifier un régime, comme celui des Etats-Unis, où le principal leader de l’opposition, John McCain, est en réalité un employé du Conseil de sécurité nationale ? Certainement pas comme une démocratie.
Le bilan d’un système
L’USAID, la NED, leurs instituts satellites et leurs fondations intermédiaires ont donné naissance au fil du temps à une vaste et gourmande bureaucratie. Chaque année le vote du budget de la NED par le Congrès donne lieu à de vifs débats sur l’inefficacité de ce système tentaculaire et les rumeurs de détournements de fonds au profit de personnalités politiques états-uniennes chargées de l’administrer.
Dans un souci de bonne gestion, de nombreuses études ont été commandées pour mesurer l’impact de ces flux financiers. Des experts ont comparé les sommes allouées dans chaque Etat et la notation démocratique de ces Etats par la Freedom House. Puis, ils ont calculé combien il fallait dépenser de dollars par habitant pour améliorer d’un point la note démocratique d’un Etat.

Tomicah Tillemann, conseiller d’Hillary Clinton pour la société civile et les démocraties émergentes, supervise le dispositif de la NED au départment d’Etat.
Bien sûr tout ceci n’est qu’une tentative d’auto-justification. L’idée d’établir une notation démocratique n’a rien de scientifique. De manière totalitaire, elle suppose qu’il n’existe qu’une forme d’institutions démocratiques. Et de manière infantile, elle établit une liste de critères disparates qu’elle pondère de coefficients imaginaires pour transformer la complexité sociale en un chiffre unique.
Au demeurant, la grande majorité de ces études concluent à l’échec : bien que le nombre de démocraties s’accroisse dans le monde, il n’y aurait aucun lien entre les progrès ou les régressions démocratiques d’une part, et les sommes dépensées par le Conseil de sécurité nationale. A contrario, cela confirme que les objectifs réels n’ont aucun rapport avec ceux qui sont affichés. Les responsables de l’USAID citent cependant une étude de l’université Vanderbilt selon laquelle, seules les opérations de la NED co-financées par l’USAID ont été efficaces, parce que l’USAID a une gestion rigoureuse de son budget. Sans surprise, cette étude singulière a été financée par… l’USAID.
Quoi qu’il en soit, en 2003, à l’occasion de son vingtième anniversaire, la NED dressa un bilan politique de son action d’où il ressort qu’elle finançait alors plus de 6 000 organisations politiques et sociales dans le monde, un chiffre qui n’a cessé de croître depuis. Elle revendiquait avoir entièrement créé le syndicat Solidarnoc en Pologne, la Charte des 77 en Tchécoslovaquie et Otpor en Serbie. Elle se félicitait d’avoir créé de toutes pièces la radio B92 ou le quotidien Oslobodjenje en ex-Yougoslavie et une kyrielle de nouveaux médias indépendants en Irak « libéré ».
Changer de couverture
Après avoir connu un succès mondial, la rhétorique de la démocratisation ne convainc plus. En l’utilisant en toutes circonstances, le président George W. Bush l’a usée. Personne ne peut sérieusement soutenir que les subventions versées par la NED feront disparaître le terrorisme international. Pas plus qu’on ne peut prétendre a posteriori que les troupes US auraient renversé Saddam Hussein pour offrir la démocratie aux Irakiens.
De plus, les citoyens qui partout dans le monde militent pour la démocratie sont devenus méfiants. Ils ont compris que l’aide offerte par la NED et ses pseudopodes visait en réalité à les manipuler et à piéger leur pays. Ils refusent donc de plus en plus souvent les dons « désintéressés » qui leur sont proposés. Aussi les responsables états-uniens des différents canaux de corruption ont envisagé de faire muer le système une nouvelle fois. Après les coups fourrés de la CIA et la transparence de la NED, ils envisagent de créer une nouvelle structure qui prendrait le relais d’un ensemble discrédité. Elle ne serait plus gérée par les syndicats, le patronat et les deux grands partis, mais par des multinationales sur le modelée de l’Asia Foundation.
Dans les années 80, la presse révéla que cette organisation était une couverture de la CIA pour lutter contre le communisme en Asie. Elle fut alors réformée et sa gestion fut confiée à des multinationales (Boeing, Chevron, Coca-Cola, Levis Strauss etc…). Ce relookage fut suffisant pour donner une apparence non-gouvernementale et respectable à une structure qui n’a jamais cessé de servir la CIA. Après la dissolution de l’URSS, elle fut doublée d’une autre, l’Eurasia Foundation, chargée d’étendre l’action secrète dans les nouveaux Etats asiatiques.
Une autre question discutée est de savoir si les dons pour la « promotion de la démocratie » doivent prendre uniquement la forme de contrats pour réaliser des projets donnés ou celle de subventions sans obligation de résultat. La première formule offre une meilleure couverture juridique, mais la seconde est bien plus efficace pour corrompre.
Au vu de ce panorama, l’exigence de Vladimir Poutine et de Vladislav Surkov de réglementer le financement des ONG en Russie est légitime, même si la bureaucratie qu’ils ont élaborée pour cela est outrancière et tatillonne. Le dispositif de la NED, mis en place sous l’autorité du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis, non seulement ne favorise pas les efforts démocratiques dans le monde, mais les empoisonnent.
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Thierry Meyssan
Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié : L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).

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Cet article est initialement paru dans le numéro 35 (daté du 27 septembre 2010) de l’hebdomadaire russe Odnako.

marți, 20 aprilie 2010

Aurélien Robert. L’islamophobie déconstruite

L’islamophobie déconstruite

par Aurélien Robert [16-04-2010]

Domaine : Histoire
http://www.laviedesidees.fr/L-islamophobie-deconstruite.html
Mots-clés : islam | identité | civilisation | sciences sociales
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À travers une étude minutieuse de la controverse déclenchée en 2008 par le livre de Sylvain Gouguenheim, un ouvrage collectif décortique les ressorts de l’islamophobie savante et ses usages politiques.

*Télécharger ce(s) document(s) :
L’islamophobie déconstruite (PDF - 208.8 ko)
par Aurélien Robert

Recensé : Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed, Irène Rosier-Catach (dir.), Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l’islamophobie savante, Paris, Fayard, 2009.

Plus d’un an après la publication du livre de Sylvain Gouguenheim Aristote au Mont Saint-Michel paraissait Les Grecs, les Arabes et nous, un volume collectif qui non seulement constitue une réponse aux thèses et aux arguments de Gouguenheim, mais montre aussi de quoi son livre était le nom. Car au-delà de la fausseté historique avérée de nombreuses thèses centrales de cet ouvrage, on peut y voir le reflet d’enjeux qui dépassent largement la querelle d’érudits. À l’heure des débats sur l’identité nationale et sur le port de la burqa, il semble nécessaire de se pencher de près sur le discours des « racines grecques de l’Europe chrétienne », surtout quand celui-ci comporte un jugement comparatif sur les valeurs et les mérites de l’Europe et du monde arabe, des chrétiens et des musulmans, des langues sémitiques et des langues indo-européennes.

Ce livre montre que ce que Gouguenheim faisait passer pour une simple mise à jour des connaissances historiques sur le rôle et l’importance du monde arabe dans la transmission du savoir grec masquait en fait un jugement idéologique sur l’islam que l’on retrouve dans de nombreux débats. Seule une approche holiste pouvait faire apparaître l’implicite dans ce réseau de points de vue sur la place et le rôle de l’islam dans la culture occidentale. Selon Gouguenheim, l’Occident ne devrait rien ou presque à la transmission arabe du savoir grec, puisqu’il existe une filière concurrente de traductions latines du grec. Comme « notre » savoir est grec, Gouguenheim tente de montrer que l’Occident n’a aucunement eu besoin de la médiation arabe, mais aussi – et c’est plus grave – que les Arabes n’étaient pas capables, faute d’outils linguistiques et conceptuels appropriés, d’assimiler ce savoir grec.

Les auteurs qui ont participé à cette entreprise collective ne pouvaient s’en tenir à une simple logique de contre-argumentation savante, qui se contenterait de faire la liste des erreurs de Gouguenheim et de ceux qui illustrent le même genre d’historiographie identitaire. Car ce n’était pas seulement aux collègues universitaires qu’il fallait s’adresser, mais au large public auquel Gouguenheim lui-même entendait délivrer des vérités prétendument cachées par les chercheurs de métier. Il s’agissait donc de montrer que derrière les habits du discours savant – habits minces mais qui ont fait illusion – se cache une nouvelle forme d’islamophobie. N’est-ce pas à la fois trop fort et trop flou ? Le livre montre le contraire. Si le terme peut sembler aussi flou, ou équivoque, que celui d’islam/Islam (désignant à la fois une religion, une civilisation, l’ensemble des musulmans, etc.), on a ici la démonstration que l’islamophobie dont il est question vise bien tous ces sens de l’islam. Par-delà le cas Gouguenheim, ce livre fait donc apparaître une constellation de philosophes, d’historiens, de critiques et d’hommes politiques ou d’Église qui reprend en choeur ce discours sur le faible rôle de l’Islam/islam dans l’histoire de la culture mondiale.

L’islamophobie revêt désormais des formes nouvelles et pernicieuses : elle est réactive, en ce qu’elle entend prendre le contre-pied d’un savoir déjà constitué par des spécialistes, tout en ne s’adressant pas à ces derniers, mais au grand public (elle instrumentalise donc le milieu de la recherche en prétendant dévoiler les résultats des chercheurs) ; elle se veut modérée (il s’agit seulement au départ d’infléchir ce que l’on enseigne dans les universités) et simple (elle présente ses idées comme si elles étaient évidentes, et ne prend pas le temps de la nuance) ; elle est relayée par les médias et reprise par une partie du monde politique.
Le savant et le critique

Dans le premier chapitre du livre, Irène Rosier-Catach se livre à une revue de presse qui fournit les éléments principaux pour comprendre cette affaire et son devenir médiatique. À l’époque, les journaux n’ont retenu que le début de l’argumentation de Gouguenheim, laissant de côté le propos dégradant sur les Arabes et sur l’Islam. Ils n’ont fait place qu’au supposé scoop : un certain Jacques de Venise a traduit Aristote en latin au Mont-Saint-Michel avant que nous ne recevions les traductions de l’arabe ; les Arabes n’auraient donc pas joué un rôle si important dans la transmission du savoir grec. Non seulement, on trouve dans n’importe quelle bonne (et même mauvaise) encyclopédie une notice sur Jacques de Venise, mais les critiques ont négligé la fin du livre dans laquelle apparaissent les thèses essentialistes sur l’Islam (civilisation incapable d’assimiler le savoir grec et de s’ouvrir aux autres cultures) et sur la langue arabe (inapte à traduire le grec et à rendre un discours philosophique). Les médias ont ainsi pris position en faveur de l’historien isolé et victimisé, reconduisant ainsi les clichés sur les représentants de la doxa universitaire et ses mandarins.

Si le contenu de cette affaire présente quelque nouveauté, liée à une actualité parfois brûlante, ce dont elle est le symptôme est connu depuis longtemps. À la suite d’une critique très favorable du livre de Bernard-Henri Lévy Le Testament de Dieu parue dans Le Nouvel Observateur en juin 1979, l’historien Pierre Vidal-Naquet écrivit une lettre au journal dans laquelle il recensait une partie des très nombreuses erreurs historiques, parfois aberrantes, du livre de Lévy, remettant ainsi en cause à la fois le contenu du livre, l’éloge des journalistes et les faibles exigences des éditeurs. Il se demandait alors « comment peut-il se faire que, sans exercer le moindre contrôle, un éditeur, des journaux, des chaînes de télévision lancent un pareil produit comme on lance une savonnette, sans prendre les garanties de qualité que l’on exige précisément d’une savonnette ? » (Le Nouvel Observateur, 18 juin 1979). Aujourd’hui, les mêmes « savants » citent très sérieusement les travaux du désormais fameux, mais toujours inexistant, Jean-Baptiste Botul.

Nous ne reprendrons pas ici la liste des erreurs de Gouguenheim, d’autres l’ont fait ailleurs avec force détails, comme le Père Bataillon [1], et le livre dont nous rendons compte ici abonde en critiques précises (l’article d’Hélène Bellosta sur l’histoire des sciences arabes est remarquable de ce point de vue). Il est certainement plus utile ici de relever les principaux biais idéologiques qui ont conduit à ce genre de falsification historique.
Intégrations et assimilations asymétriques

Les Grecs, les Arabes et nous met en évidence plusieurs éléments distincts dans la thèse de Gouguenheim, que l’on retrouve aussi chez un Rémi Brague ou un Jacques Heers : l’autarcie de l’Occident et la connaturalité de la culture grecque et de la culture chrétienne ; l’hellénisation limitée – voire manquée – du monde arabe (les Arabes auraient reçu passivement le savoir grec qu’ils n’ont pas su assimiler). Ces deux aspects sont bien entendu liés, car c’est parce que la raison est l’apanage des Grecs et des chrétiens que l’islam n’a pu ni s’helléniser, ni devenir rationnel.

Les chapitres rédigés par Hélène Bellosta, Djamel Kouloughli et Marwan Rashed montrent très clairement que le monde arabo-musulman n’a pas reçu passivement le savoir grec, puisqu’un savoir y était déjà constitué, dont une large partie n’avait d’ailleurs pas encore d’équivalent en Occident (comme l’algèbre ou la médecine). Le besoin de traductions des textes grecs en arabe ne s’explique donc que par une volonté d’un savoir nouveau pour répondre à des questions déjà posées par les penseurs arabes. En ce qui concerne la philosophie, Marwan Rashed montre comment dès le IXe siècle les théologiens rationnels (les Mutakallimun) formulaient des théories très complexes pour penser la compatibilité de la liberté et de la prédestination, les limites du possible en métaphysique et la constitution du monde dans une physique de la création. Marwan Rashed rappelle à quel point les discussions sur la notion d’atome étaient importantes chez les théologiens du Kalam. Il est frappant de constater – Rashed ne va pas jusque-là – combien l’atomisme latin du XIVe siècle est proche de celui des Arabes des IXe et Xe siècles [2]. Et pour cause : les Latins ont connu cet atomisme arabe par plusieurs sources traduites de l’arabe, notamment par le Guide des égarés de Maïmonide (la médiation juive est étrangement absente du livre de Gouguenheim, comme le montre le chapitre de Jean Christophe Attias), mais aussi par l’intermédiaire d’al-Ghazâlî, d’Avicenne et d’Averroès.

Il est cependant exagéré, de la part de Rashed, de voir dans cette philosophie arabe « les débuts de la philosophie moderne », car au jeu des similitudes entre thèses et entre arguments on peut toujours aller plus en amont pour trouver les premiers modernes. Ce n’est pas parce que l’on trouve des occasionnalistes, des atomistes ou encore une opposition entre ce qui semble être une métaphysique générale (aristotélicienne) et des métaphysiques spéciales (platonisantes) chez les auteurs arabes que leurs philosophie sont identiques à – ou annoncent – la philosophie des modernes (Descartes, Leibniz, Spinoza, etc.). Ce n’est pas parce qu’Augustin a formulé le cogito ergo sum qu’il est Descartes. Ces remarques n’enlèvent cependant rien au propos central de l’article.

Dans une courte note intitulée « Deux poids, deux mesures » (p. 47-51), Luca Bianchi montre à quel point la lecture de Gouguenheim est asymétrique. Nombre de ses affirmations à propos du monde arabe pourraient valoir pour le monde latin. En témoignent les censures répétées d’Aristote par les Latins. Gouguenheim en est-il conscient lorsqu’il ne mentionne pas non plus les condamnations par l’Église d’un Giordano Bruno ou d’un Galilée ? Parce qu’il est tenté par l’essentialisme, Gouguenheim passe allègrement sur les nuances de l’histoire des idées.
Du relativisme à l’essentialisme linguistique

Dans le chapitre consacré à la traduction, le linguiste Djamel Kouloughli souligne à quel point les conceptions linguistiques de Gouguenheim sont simplistes et incohérentes. Elles s’articulent aux présupposés formulés dans les travaux d’Ernest Renan sur les langues sémitiques et à ceux de Humboldt ou de Sapir-Worf sur le génie des langues. Gouguenheim assène sans fondement que la langue arabe est le reflet de structures mentales particulières (entendez : faibles), incompatibles avec la pensée grecque (synonyme de raison) et avec la philosophie en particulier, car il s’agirait d’une langue essentiellement religieuse et poétique. Djamel Kouloughli montre la fausseté de ce discours et rappelle comment, du point de vue du linguiste, il est possible de traduire n’importe quel contenu d’une langue naturelle dans une autre, malgré les difficultés que ce travail peut poser dans la pratique. Il insiste aussi sur ce qui est peut-être le plus grand paradoxe de cette histoire : si le grec n’est pas traduisible en arabe et si l’arabe n’est pas une langue philosophique, alors pourquoi les Arabes ont-ils tout de même traduit un corpus impressionnant de textes scientifiques et philosophiques grecs ? Que dire des traités philosophiques écrits en arabe avant et après les traductions arabes d’Aristote ? Et pourquoi nous sommes-nous servis à notre tour de ces traductions et de ces traités pour tenter de comprendre quelque chose à la philosophie grecque ?

Le relativisme des islamophobes va donc de pair avec ce que Philippe Büttgen appelle un « comparatisme négatif », que l’on retrouve dans la théologie de Benoît XVI. L’encyclique Fides et ratio de Jean Paul II affirmait déjà la connaturalité du logos et de la religion chrétienne. Le discours de Ratisbonne de Benoît XVI franchit un pas lorsqu’il mentionne la discussion entre Manuel II Paléologue et un musulman tout en enjoignant les catholiques à retrouver les Lumières grecques contre ce qu’il appelle « les Lumières radicales » (celles d’un Kant par exemple). Philippe Büttgen montre que si l’on ne peut pas taxer le pape d’islamophobie, son discours révèle cependant l’émergence d’une nouvelle apologétique au sein de l’Église catholique, autrement appelée par lui « théologie comparée négative ». Ce genre apologétique ne cherche plus l’universel et le dialogue entre les religions, mais insiste au contraire sur les différences et cherche à établir la supériorité du christianisme par sa différence avec l’islam, comme le font Gouguenheim et Brague.
L’Europe chrétienne du médiéviste, le choc des civilisations et l’identité nationale

Quel sens cela a-t-il d’opposer les Grecs, les Arabes et nous ? À qui correspond ce « nous » sans cesse utilisé, parfois opposé à un « on » tout aussi flou. Nous les Latins ? Nous les Européens ? Quel sens cela aurait-il eu au Moyen Âge ? Dans le chapitre intitulé « Les Latins parlent aux Latins », Alain de Libera montre combien le terme « grec » est équivoque dans le discours des philosophes médiévaux dans le monde latin : il renvoie parfois à des chrétiens, parfois à des païens, parfois ils constituent l’ennemi numéro un, parfois on les vante, etc. La même chose vaut pour le rapport des philosophes médiévaux latins aux philosophes arabes. Quant à l’Europe, il est rappelé ce que Jacques Le Goff a déjà montré, à savoir que le sentiment européen n’existait pas avant le XVe siècle. Bref, « parler des racines grecques de l’Europe chrétienne n’aurait donc eu aucun sens pour un scolastique » (p. 175).

Ce n’est là qu’une partie de la stratégie essentialiste, qui n’hésite pas à user de constructions fictives, comme celle d’une civilisation médiévale et occidentale, fruit d’une tradition culturelle et religieuse uniforme, construite par l’opposition à d’autres civilisations et en particulier à la civilisation islamique. On se souvient que les attentats du 11 septembre 2001 avaient remis au goût du jour les thèses de Samuel Huntington sur le choc des civilisations : plus qu’une incompatibilité transitoire entre des peuples ou des sociétés, il y aurait une incommensurabilité radicale et essentielle entre leurs schèmes conceptuels. De l’aveu même de son auteur, cette thèse était influencée par les travaux de l’historien Fernand Braudel. Dans le chapitre intitulé « Faire et défaire l’histoire des civilisations », Blaise Dufal montre comment, en France, une grande partie de l’historiographie, et pas seulement sur le Moyen Âge, reprend cette Grammaire des civilisations, que Braudel a déclinée de diverses manières, jusqu’à écrire L’Identité de la France (Flammarion, 1986), ouvrage instrumentalisé dans les années 1980 par le Front national.

Braudel occupe encore aujourd’hui une place centrale dans les sciences sociales, mais aussi en politique, puisque le conseiller du président actuel, Henri Guaino, justifie le fameux « Discours de Dakar » sur « l’homme noir » par les travaux de Braudel. Gouguenheim se place aussi sous son autorité lorsqu’il tente de comparer les civilisations médiévales chrétiennes et musulmanes. Comme le montre très clairement Dufal, le concept de « civilisation » n’est jamais questionné pour lui-même par ceux qui y font appel. Loin d’être un concept neutre, il implique chez nombre d’historiens qui l’utilisent une tendance à l’essentialisme et au comparatisme. Blaise Dufal nous invite donc, à la suite de Jack Goody, à sortir du concept de civilisation et à revenir à une histoire nuancée. En sortir ne signifie pas seulement opérer un tournant historiographique déjà amorcé par de nombreux historiens, mais aussi prendre garde aux usages politiques du concept de civilisation, aujourd’hui comme hier, notamment dans le pseudo-débat sur l’identité nationale. Il suffit en effet de lire le livre de la médiéviste Colette Beaune, Naissance de la nation France (Gallimard, 1985), pour comprendre combien il est difficile de penser l’identité nationale pour peu que l’on choisisse de ne pas sacrifier la complexité des processus historiques. De Libera rappelle avec justesse le mot de Paul Vignaux, qui invitait les historiens de la philosophie à « laisser voir la diversité rebelle », puis conclut : « À l’âge des monolithes identitaires et des pieuses reconstitutions, le conseil reste opportun, pour ne pas dire de salut public » (p. 207).
Retrouver une République des lettres sereine

Quelques semaines après la parution de l’échange entre Bernard-Heni Lévy et Pierre Vidal-Naquet cité plus haut, Cornelius Castoriadis s’était exprimé à son tour pour dénoncer ce qu’il appelait « l’imposture publicitaire ». Mais selon lui le problème était beaucoup plus grave : « Sous quelles conditions sociologiques et anthropologiques, écrivait-il, dans un pays de vieille et grande culture, un “auteur” peut-il se permettre d’écrire n’importe quoi, la “critique” le porter aux nues, le public le suivre docilement – et ceux qui dévoilent l’imposture, sans nullement être réduits au silence ou emprisonnés, n’avoir aucun écho effectif ? » (Le Nouvel Observateur, 9 juin 1979). Selon Castoriadis, les raisons sont multiples et tiennent à l’état de notre société, mais plus particulièrement au fait qu’il n’y a plus d’éthos démocratique dans la République des lettres. « Si la critique continue à abdiquer sa fonction, écrivait Castoriadis, les autres intellectuels et écrivains auront le devoir de la remplacer ». Concernant l’affaire Gouguenheim, c’est désormais chose faite avec Les Grecs, les Arabes et nous.

par Aurélien Robert [16-04-2010]
Notes

[1] Son texte « Sur Aristote et le Mont Saint-Michel. Notes de lecture » a été republié récemment dans J. Celeyrette et M. Lejbowicz (dir.), L’Islam médiéval en terres chrétiennes. Science et idéologie, Lille, Septentrion, 2008, p. 105-114. On trouvera dans ce volume quelques articles précis contrant les thèses de Gouguenheim, notamment celui de Sten Ebbesen sur Jacques de Venise.

[2] Nous nous permettons de renvoyer à C. Grellard et A. Robert (dir.), Atomism in Late Medieval Philosophy and Theology, Leiden-Boston, Brill, 2009.