La CIA, mécéne de l’expressionnisme abstrait
L’historienne Frances Stonor Saunders, auteure de l’étude magistrale sur la CIA et la guerre froide culturelle, vient de publier dans la presse britannique de nouveaux détails sur le mécénat secret de la CIA en faveur de l’expressionnisme abstrait. La Repubblica s’interroge sur l’usage idéologique de ce courant artistique.
Jackson Pollock, The She-Wolf (1943)
Jackson Pollock, Robert Motherwell, Willem de Kooning, Mark Rothko.
Jackson Pollock, The She-Wolf (1943)
Jackson Pollock, Robert Motherwell, Willem de Kooning, Mark Rothko. Rien moins que faciles et même scandaleux, les maîtres de l’expressionnisme abstrait. Un courant vraiment à contre-courant, une claque aux certitudes de la société bourgeoise, qui pourtant avait derrière elle le système lui-même. Car, pour la première fois, se confirme une rumeur qui circule depuis des années : la CIA finança abondamment l’expressionnisme abstrait. Objectif des services secrets états-uniens : séduire les esprits des classes qui étaient loin de la bourgeoisie dans les années de la Guerre froide. Ce fut justement la CIA qui organisa les premières grandes expositions du New American Painting, qui révéla les œuvres de l’expressionnisme abstrait dans toutes les principales villes européennes : Modern Art in the United States (1955) et Masterpieces of the Twentieth Century (1952).
Donald Jameson, ex fonctionnaire de l’agence, est le premier à admette que le soutien aux artistes expressionnistes entrait dans la politique de la « laisse longue » (long leash) en faveur des intellectuels. Stratégie raffinée : montrer la créativité et la vitalité spirituelle, artistique et culturelle de la société capitaliste contre la grisaille de l’Union soviétique et de ses satellites. Stratégie adoptée tous azimuts. Le soutien de la CIA privilégiait des revues culturelles comme Encounter, Preuves et, en Italie, Tempo presente de Silone et Chiaramonte. Et des formes d’art moins bourgeoises comme le jazz, parfois, et, justement, l’expressionnisme abstrait.
Les faits remontent aux années 50 et 60, quand Pollock et les autres représentants du courant n’avaient pas bonne presse aux USA. Pour donner une idée du climat à leur égard, rappelons la boutade du président Truman : « Si ça c’est de l’art, moi je suis un hottentot ». Mais le gouvernement US, rappelle Jameson, se trouvait justement pendant ces années-là dans la position difficile de devoir promouvoir l’image du système états-unien et en particulier d’un de ses fondements, le cinquième amendement, la liberté d’expression, gravement terni après la chasse aux sorcières menée par le sénateur Joseph McCarthy, au nom de la lutte contre le communisme.
Pour ce faire, il était nécessaire de lancer au monde un signal fort et clair de sens opposé au maccarthysme. Et on en chargea la CIA, qui, dans le fond, allait opérer en toute cohérence. Paradoxalement en effet, à cette époque l’agence représentait une enclave « libérale » dans un monde qui virait décisivement à droite. Dirigée par des agents et salariés le plus souvent issus des meilleures universités, souvent eux-mêmes collectionneurs d’art, artistes figuratifs ou écrivains, les fonctionnaires de la CIA représentaient le contrepoids des méthodes, des conventions bigotes et de la fureur anti-communiste du FBI et des collaborateurs du sénateur McCarthy.
« L’expressionnisme abstrait, je pourrais dire que c’est justement nous à la CIA qui l’avons inventé —déclare aujourd’hui Donald Jameson, cité par le quotidien britannique The Independent [1]— après avoir jeté un œil et saisi au vol les nouveautés de New York, à Soho. Plaisanteries à part, nous avions immédiatement vu très clairement la différence. L’expressionnisme abstrait était le genre d’art idéal pour montrer combien était rigide, stylisé, stéréotypé le réalisme socialiste de rigueur en Russie. C’est ainsi que nous décidâmes d’agir dans ce sens ».
Mais Pollock, Motherwell, de Kooning et Rothko étaient-ils au courant ? « Bien sûr que non —déclare immédiatement Jameson— les artistes n’étaient pas au courant de notre jeu. On doit exclure que des gens comme Rothko ou Pollock aient jamais su qu’ils étaient aidés dans l’ombre par la CIA, qui cependant eut un rôle essentiel dans leur lancement et dans la promotion de leurs œuvres. Et dans l’augmentation vertigineuse de leurs gains ».
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Traduction Marie-Ange Patrizio
Pour en savoir plus, le lecteur se reportera à l’étude initiale de Frances Stonor Saunders, dans le chapitre 16 de son livre Who Paid the Piper ? (Granta Books, 1999), version française traduite par Delphine Chevalier sous le titre Qui mène la danse ? (Denoël, 2003).
[1] « Modern art was CIA ’weapon’ », par Frances Stonor Saunders, The Independent, 22 octobre 2010.
Le nerf de la guerre, c’est bien sûr l’argent. Comme nous vous l’annoncions, voici la première partie d’un article tiré du dossier conséquent et récemment réalisé par le Washington Post : "TOP SECRET AMERICA" qui décrit l’immense développement de la Sécurité Nationale U.S. au lendemain du 11 Septembre. Une douzaine de journalistes ont collecté pendant deux ans des centaines de milliers de registres publics issus d’organismes gouvernementaux et d’entreprises du secteur privé. Ces documents constituent l’état des lieux du monde du renseignement américain soumis à l’emprise de sociétés privées imbriquées et inextricables. Dégageant de confortables bénéfices grâce aux juteux contrats passés avec le gouvernement, les sous-traitants détiennent maintenant un pouvoir financier propre à orienter les actions du renseignement. Bien que les services rendus lui soient facturés au prix fort, le gouvernement se trouve dans l’incapacité de rompre les ponts. Comment renoncer aux technologies dernier cri qui feraient pâlir James Bond d’envie ? Peu importe que ces services fassent doublon, que d’autres soient peu utiles; au pays de l’argent roi, tout est permis, même le gâchis en période de crise économique. La concurrence entre ces sociétés privées fait rage pour séduire les fonctionnaires du renseignement sensibles aux techniques marketing soigneusement déployées à leur intention.
Evidemment, l’on n’apprendra ici que ce que l’on nous donne à savoir. Avant publication, le dossier du Washinton Post a été soumis à l’approbation du Renseignement. Certaines informations ont été censurées. Bien qu’elle soit édifiante, cette enquête n’est représentative que d’une partie émergée de cet Iceberg, le trouble univers du renseignement états-unien qui orchestre les guerres.
Les sous-traitants parlent affaires durant la conférence annuelle sur l’informatique,.
Cette année, la réunion avait lieu à Phoenix. (Photo : Michael S. Williamson / The Washington Post)
"Top Secret America", une enquête du Washington Post
Le Washington Post a identifié 45 organismes gouvernementaux (le FBI par exemple) affectés à des travaux top-secret qui pourraient être ventilés en 1271 sous-unités (par exemple, le Terrorist Screening Center du FBI). Le Post a également identifié 1.931 entreprises privées engagées dans le travail du renseignement pour le gouvernement. Celles-ci ont ont été regroupées et classées selon le nom d’une société mère (par exemple, General Dynamics), une entreprise pouvant couvrir plusieurs sous-unités (par exemple, General Dynamics Information Technology).Confer le diagramme interactif joint plus bas.
Au mois de juin, un graveur sur pierre de Manassas a ciselé une nouvelle étoile parfaite dans le mur en marbre au siège de la CIA, pour l’un des 22 employés de l’agence tués dans la guerre globale déclenchée par les attaques terroristes de 2001. L’objet de ce mémorial est de rendre un hommage public au courage de ceux qui sont morts en accomplissant leur devoir; mais il dissimule aussi un aspect plus obscur du gouvernement depuis le 11 Septembre : 8 de ces 22 personnes n’étaient pas des officiers de la CIA, mais des sous-traitants privés.
Afin de garantir que les tâches les plus délicates du pays sont exclusivement menées par des gens avant tout loyaux aux intérêts de la nation, la réglementation fédérale précise que les sous-traitants ne peuvent effectuer ce que l’on appelle des « fonctions inhérentes au gouvernement ». Pourtant, selon une enquête du Washington Post qui a duré deux ans, cela se produit sans cesse, aussi bien au sein des services de renseignement que du contre-terrorisme.
Les étoiles gravées sur le mur de la CIA représentent les personnes qui sont mortes
en accomplissant leur devoir. Huit étoiles symbolisent des sous-traitants
décédés depuis le 11/9. (Photo : CIA) | Galerie photo
Ce qui n’était à l’origine qu’une mesure temporaire destinée à répondre aux attaques terroristes s’est transformé en dépendance, ce qui soulève des questions quant à la présence trop nombreuse, au sein des effectifs, d’un personnel davantage dédié aux intérêts d’actionnaires privés qu’à l’intérêt public – à se demander si le gouvernement contrôle encore ses activités les plus sensibles. Interviewés la semaine dernière, le Secrétaire à la Défense M. Gates et le Directeur de la CIA Leon Panetta ont tous deux déclaré qu’ils partageaient ces préoccupations. L’enquête du Washington Post a révélé l’existence d’un véritable système parallèle aux Etats-Unis, une Amérique "Top Secret" créée au lendemain du 11/9, cachée aux yeux public, qui ne fait l’objet d’aucune surveillance sérieuse, et si complexe qu’il est impossible d’en évaluer l’efficacité.
C’est aussi un système dans lequel les sous-traitants tiennent un rôle de plus en plus important. Le Post estime que sur les 854.000 personnes ayant l’habilitation secret-défense, 265.000 sont des sous-traitants privés. Le meilleur exemple de la dépendance du gouvernement à leur égard est la CIA, seule et unique agence du gouvernement autorisée à mener des activités à l’étranger.
Des sous-traitants privés travaillant pour la CIA ont recruté des espions en Irak, versé de pots-de-vin à des informateurs en Afghanistan et assuré la protection des directeurs de la CIA en visite à l’étranger. Des sous-traitants ont participé à l’enlèvement de suspects dans la rue en Italie, interrogé des détenus dans des prisons secrètes à l’étranger et assuré la protection de transfuges cachés dans les banlieues de Washington. Au siège de Langley, ils analysent les réseaux terroristes. Ils ont formé une nouvelle génération d’espions Américains dans le centre de formation de la CIA en Virginie.
Par le biais du processus budgétaire, l’administration de George W. Bush et le Congrès ont grandement facilité la tâche de la CIA et autres agences engagées dans le contre-terrorisme pour leur permettre d’employer davantage de sous-traitants que de fonctionnaires. L’objectif était de limiter le nombre d’emplois fixes et de recruter sans passer par la lourde bureaucratie fédérale ; ils pensaient – à tort, comme cela s’est confirmé par la suite – que le recours aux sous-traitants serait plus économique.
Neuf ans plus tard, l’administration Obama étant déjà bien installée, l’idée que les sous-traitants coûtent moins cher a été rejetée, et l’administration a accompli quelques progrès dans son objectif pour réduire en deux ans le nombre de sous-traitants de 7%. Cependant, les sous-traitants représentent encore prés de 30 % du personnel des services de renseignement.
« Nous avons trop longtemps dépendu de sous-traitants pour effectuer le travail opérationnel qui devrait être effectué » par des employés de la CIA, a dit Panetta. Mais on ne peut pas les remplacer « du jour au lendemain. Lorsqu’on a été si longtemps dépendant de sous-traitants, reconstituer leur expertise demande du temps. »
Une autre préoccupation de Panetta concerne la sous-traitance confiée à des sociétés privées, dont la responsabilité « revient à leurs actionnaires, ce qui représente un conflit inhérent. »
Ou comme le dit Gates, qui a passé sa vie à entrer et sortir du gouvernement : « On veut des gens qui s’impliquent réellement pour faire carrière, par passion et pour servir leur pays et pas uniquement pour l’argent. »
Aux employés fédéraux expérimentés, les sous-traitants peuvent offrir plus d’argent – souvent le double – que le gouvernement n’est autorisé à le faire. La concurrence entre sociétés pour recruter des employés ayant une habilitation secret-défense est si rude qu’elles offrent des avantages tels qu’une BMW ou une prime d’embauche de 15.000 dollars, ce qu’a fait Raytheon lau mois de juin pour des développeurs de logiciels ayant des habilitations de haut niveau.
Penser que le gouvernement pourrait économiser de l’argent avec les sous-traitants « est une fausse économie », dit Mark L. Lowenthal, ancien officiel de la CIA, désormais président de sa propre académie de formation (aux techniques) du renseignement.
Tandis que les sociétés vident les agences fédérales de leurs talents, le gouvernement se retrouve avec un personnel de renseignement dont la moyenne d’âge est plus jeune que jamais alors que les employés les plus expérimentés migrent vers le secteur privé. Ceci est vrai pour la CIA, où les employés de 114 sociétés constituent environ le tiers du personnel, soit approximativement 10.000 postes. La plupart sont des intérimaires, souvent d’anciens employés des services de renseignement ou de l’armée qui ont quitté la fonction publique pour travailler moins et gagner plus tout en percevant une pension du gouvernement.
Au sein du gouvernement, ces employés sont affectés à toutes sortes de tâches imaginables. Les sous-traitants tuent des combattants ennemis. Ils espionnent les gouvernements étrangers, écoutent les réseaux terroristes. Ils participent à l’élaboration de plans de guerre. Ils recueillent des informations sur les forces locales dans les zones de guerre. Ce sont les historiens, les architectes, les recruteurs des agences les plus secrètes du pays. Ils fournissent du personnel aux centres de surveillance autour de Washington. Ils font partie des conseillers les plus écoutés des généraux quatre étoiles qui mènent les guerres du pays.
Le rôle des sous-traitants privés.
Au fur et à mesure que l’Amérique Top Secret prenait sa croissance, le gouvernement est devenu de plus en plus dépendant des sous-traitants aux habilitations secret-défense équivalents. Voir la Galérie d’images
D’après ceux qui travaillent dans ce secteur, la demande du gouvernement pour des sous-traitants privés ayant l’habilitation secret défense est si forte qu’il y a maintenant plus de 300 sociétés, surnommées "body shops" (NdT : les "chasseurs de corps" pour parodier le terme "chasseurs de tête") spécialisées dans la recherche de candidats, moyennant le plus souvent 50.000 dollars par candidat.
Ce qui complique le remplacement des sous-traitants par des employés fédéraux est que le gouvernement ne connait pas leur nombre. Gates affirme qu’il veut réduire le nombre de sous-traitants (pour revenir) au niveau d’avant le 11/9, mais qu’il a du mal à obtenir un recensement précis.
« Je vais vous faire un terrible aveu, » dit il. « Je n’arrive pas à obtenir le nombre de sous-traitants qui travaillent pour le Bureau du Secrétaire à la Défense, » en référence à la direction civile du Département.
Au fur et à mesure que l’Amérique Top Secret se développait, le gouvernement s’est trouvé de plus en plus dépendant des sous-traitants aux habilitations défense équivalentes. Voir la galerie d’images
Le Post a estimé à 265.000 le nombre de sous-traitants qui effectuent un travail de secret-défense. Plusieurs hauts-gradés du renseignement ont confirmé cette estimation après avoir validé notre méthodologie. La base de données « Top Secret America » du journal contient 1.931 sociétés qui effectuent des tâches au niveau le plus élevé de sécurité. Plus d’un quart d’entre elles – 533 – ont été créées après 2001; celles qui existaient déjà ont connu une forte croissance. La plupart se portent bien tandis que le reste des Etats-Unis est en proie aux faillites, au chômage et aux saisies immobilières. Selon la récente description de Gates sur les dépenses en matière de sécurité nationale depuis les attentats du 11/9, la privatisation de la sécurité nationale a été rendue possible grâce à 9 années de « manne » financière.
Avec autant d’argent à disposition, les managers ne se préoccupent pas toujours de savoir si l’argent est dépensé utilement.
« Quelqu’un dit : "faisons une nouvelle étude". Mais comme personne ne partage l’information, chacun fait la sienne de son côté, » dit Elena Mastors qui a dirigé une équipe d’étude sur les dirigeants d’Al Qaeda pour le Département de la Défense. « L’objectif est de gérer un maximum d’études, de placer un maximum de gens un peu partout. Tout le monde est dans une frénésie dépensière. Nous n’avons pas besoin d’autant de gens pour faire tous ça. »
La plupart des sous-traitants effectuent un travail indispensable à la mission fondamentale de l’agence. Ce qui a amené le gouvernement à dépendre d’eux d’une manière que peu auraient pu prévoir : la présence d’intérimaires, initialement engagés le temps d’une guerre, est devenue la norme.
Pas plus tard que la semaine dernière, en saisissant « top secret » dans le moteur de recherche d’un site d’offres d’emploi, plus de 1951 postes à pourvoir se sont affichés pour le secteur de Washington, et 19.759 pour l’ensemble du pays : « Target Analyst » à Reston. « Spécialiste en infrastructures stratégiques » à Washington DC. « Membre d’un corps expéditionnaire » à Arlington.
« Sans eux, nous ne pourrions pas remplir notre mission. Ce sont nos « réservistes », ils offrent une flexibilité et une expertise que nous ne pouvons acquérir, » a dit Ronald Sanders, ancien chef des ressources humaines pour le Bureau du Directeur du Renseignement National avant de prendre sa retraite au mois de février. « Une fois qu’ils sont à bord, nous les traitons comme de membres du personnel part entière . »
L’enquête du Post s’appuie sur des documents du gouvernement, des contrats, des descriptions de postes, des registres de propriété, des sites de réseaux sociaux et professionnels sur Internet, sur d’autres données et des centaines d’interviews d’officiels et anciens officiels du renseignement, de l’armée et de sociétés privées. La plupart ont demandé à conserver l’anonymat soit parce qu’il leur était interdit de s’exprimer en public soit parce qu’ils craignaient, disaient-ils, des représailles sur leur lieu de travail pour avoir exprimé leurs préoccupations.
L’enquête s’est concentrée sur le travail relevant du plus haut niveau secret défense car tout ce qui relève du niveau inférieur est trop vaste pour pouvoir être analysé avec précision. Une base de données consultable sur les organisations gouvernementales et les sociétés privées a été entièrement constituée à partir de documents publics. (Pour une explication sur la décision du journal au lancement de ce projet, veuillez lire la note de la rédaction.)
L’industrie de la sécurité nationale vend bien plus que des avions, des navires et des tanks aux agences militaires et de renseignement. Elle vend la matière grise des sous-traitants. Ils conseillent, informent et travaillent partout, y compris à 10 mètres de profondeur sous le Pentagone, dans un bunker, aux côtés du personnel militaire en treillis de combat en train de surveiller des crises potentielles partout dans le monde.
Tard la nuit, lorsque les larges couloirs du Pentagone sont presque déserts, le Centre de Commandement Militaire National bourdonne pour une bonne raison. L’accès aux positions des forces armées U.S., où qu’elles soient dans le monde, aux images satellites détaillées ou à la Salle de Crise de la Maison Blanche, s’effectue en temps réel.
Ceci a pour but d’être capable de répondre à n’importe quelle question du chef d’état-major des armées. Pour être prêt 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, il faut (la présence de) cinq généraux de brigade, un état-major de colonels et d’officiers supérieurs – et un homme en chemise et cravate mauve qui porte l’insigne rose d’un sous-traitant.
La profession d’Erik Saar s’intitule « Cogniticien ». Dans un des lieux les plus sensibles des Etats-Unis, il est le seul dans la salle à savoir comment acheminer rapidement des données au loin. Saar et quatre collègues d’une société privée, SRA International, enseignent aux officiers supérieurs à penser en Internet version 2.0. Ils tentent de forcer une culture attachée aux traditions à agir différemment, numériquement.
Les recruteurs pour les sociétés qui passent des contrats avec le gouvernement rencontrent des chercheurs d’emploi ayant l’habilitation défense lors des Foires aux emplois ciblés à Mclean, Virginie. Lancer la vidéo
Offres d’Emploi pour professionnels possédant une habilitation secret-défense. Les recruteurs des sociétés sous-traitant avec le gouvernement rencontrent les candidats ayant l’habilitation secret-défense à une Foire aux Emplois Ciblés à McLean, en Virginie. Voir vidéo
Ce qui signifie parfois qu’il faut demander de l’aide dans des salons de discussion en ligne ou échanger des idées sur des sites internet partagés hors des réseaux militaires (noms de domaine se terminant par .mil), ce qui rencontre une résistance au sein de la culture d’auto-suffisance du Pentagone. « Notre boulot consiste à modifier la perception des dirigeants qui pourraient amener le changement », dit Saar.
Depuis le 11/9, les sous-traitants ont apporté des contributions extraordinaires – quelques bavures extraordinaires aussi – qui ont changé l’histoire et obscurci la perception du public quant à la distinction entre les actions d’officiers agissant pour le compte des Etats-Unis et des employés de sociétés privées qui ont un peu plus qu’un badge de sécurité et une arme.
Les méfaits des sous-traitants en Irak et en Afghanistan ont terni la crédibilité des Etats-Unis aussi bien dans ces pays ainsi qu’au Moyen Orient. Les mauvais traitements infligés aux prisonniers d’Abu Ghraib, certains par des sous-traitants, ont déclenché des appels à la vengeance, toujours d’actualité, contre les Etats-Unis. Les gardes de sécurité travaillant pour Blackwater ont mis de l’huile sur le feu durant cinq années de violent chaos en Irak; ils sont devenus le symbole d’une Amérique folle furieuse.
Dans les zones de guerre, les sous-traitants, surtout ceux qui sont armés, brouillent la « ligne entre l’usage légitime et illégitime de la force, ce qui est exactement ce que recherchent nos ennemis, » a déclaré au mois de juin Allison Stanger, professeur de politique et d’économie internationale à Middlebury College et auteur de « One Nation Under Contract » (Une Nation Sous Contrat – NdT), lors d’une séance de la Commission indépendante sur la Sous-traitance en temps de Guerre.
Des fautes professionnelles se produisent également. Un sous-traitant pour la Défense appelé MZM a payé des pots-de-vin pour obtenir des contrats de la CIA, ce qui a valu à Randy « Duke » Cunningham, qui était membre du congrès de la Californie et qui siégeait à la Commission de la Défense, de se retrouver en prison. Des gardes employés en Afghanistan par ArmorGroup North America, une société privée, ont été filmés dans un scandale de moeurs.
Mais les sous-traitants ont aussi fait progresser la manière de combattre des militaires. Durant les mois les plus sanglants en Irak, le fondateur de Berico Technologies, ancien officiel de l’armée du nom de Guy Filippelli, qui travaillait pour la National Security Agency, a inventé une technologie facilitant la découverte des fabricants de bombes artisanales et aidé à réduire le nombre de victimes causées par des engins explosifs improvisés, selon des officiels de la NSA.
Les sous-traitants ont fourni des plans et du matériel pour la guerre aérienne sans pilote menée par des drones (véhicule aérien sans pilote), qui ont tué le plus grand nombre de hauts dirigeants d’Al Qaeda et fourni un flot d’images de surveillance. Une douzaine de firmes ont créé une autoroute numérique transnationale qui transmet jusqu’aux postes de commandement situés aux Etats-Unis les données sur les caches terroristes collectées à distance et en temps réel par les drones.
Des sociétés privées sont devenues si imbriquées dans les activités les plus sensibles du gouvernement que sans elles, d’importantes missions militaires et de renseignement seraient impossibles ou aléatoires. Quelques exemples :
* Au Departement du Homeland Security (DHS), le nombre de sous-traitants est égal au nombre d’employés fédéraux. Le Département dépend de 318 sociétés pour les services et le personnel indispensables, dont 19 cabinets de recrutement qui aident le DHS à trouver et embaucher encore plus de sous-traitants. Au bureau qui gère les affaires de renseignement, 6 employés sur 10 appartiennent du secteur privé.
*La NSA, qui mène des surveillances électroniques à travers le monde, embauche les sociétés privées pour lui trouver la plupart de ses innovations technologiques. La NSA travaillait jadis avec un petit nombre de sociétés ; à présent, elle en fait travailler au moins 484 et ce nombre augmente régulièrement.
*Le National Reconnaissance Office ne peut fabriquer, mettre en orbite ou assurer la maintenance de son système de surveillance par satellites, qui photographie des pays tels que la Chine, la Corée du Nord ou l’Iran, sans les quatre sociétés sous-traitantes les plus importantes avec lesquelles elle travaille. *Chaque organisation du renseignement ou militaire dépend d’un contrat avec des linguistes pour communiquer avec l’étranger, traduire des documents et comprendre des conversations interceptées. La demande pour des employés de langue maternelle étrangère est si forte, et les sommes que le gouvernement est prêt à payer si énormes, que 56 sociétés se font concurrence sur le marché.
*Chacune des 16 agences de renseignement dépend de sociétés privées pour faire fonctionner ses réseaux d’ordinateurs, communiquer avec les réseaux des autres agences, pour collecter et analyser des bribes d’informations qui pourraient indiquer un complot terroriste. Plus de 400 sociétés travaillent exclusivement dans ce domaine pour créer des logiciels et du matériel de réseaux classifiés.
Le recours à des sous-traitants était censé faire réaliser des économies à l’état. Mais ce n’est pas le cas. Une étude de 2008 publiée par l’Office of the Director of National Intelligence a montré que les sous-traitants composaient 29% du personnel des agences de renseignement mais représentaient 49% des coûts. Selon Gates, les employés fédéraux coutaient à l’état 25% de moins que les sous-traitants.
Si le gigantesque Office of Naval Intelligence à Suitland peut servir de référence, le processus de réduction du nombre de sous-traitants s’effectue lentement. Y travaillent 2.770 personnes, 24/24h, dans la salle de surveillance maritime pour surveiller les navires commerciaux, ou dans les laboratoires scientifiques et techniques, ou encore dans un des quatre centres de renseignement distincts. Mais ce sont les employés de 70 sociétés informatiques qui font tourner la boutique. Ils stockent, traitent et analysent les communications et les données transmises vers et à partir de toute la flotte navale US et des navires marchands à travers le monde. « Pourrions faire tourner ce bâtiment sans les sous-traitants ? » a demandé le capitaine chargé de l’informatique. « Non, je ne pense pas que nous en serions capables. »
Le Vice-amiral David J. "Jack" Dorsett, directeur du renseignement naval, a dit qu’il pourrait économiser des millions chaque année en transférant 20% des postes occupés par des sous-traitants à des fonctionnaires. S’Il a reçu le feu vert, le démarrage a été lent. Pour cette année, un seul poste a été transformé et un autre supprimé – sur 589. « Ca me coûte les yeux de la tête, » a dit Dorsett.
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Les allées du pouvoir à Washington s’étirent pratiquement en ligne droite, de la Cour Suprême jusqu’à la Maison Blanche en passant par le Capitol. Continuez vers l’ouest, de l’autre côté de la rivière Potomac, et les centres officieux du pouvoir – les sociétés privées – deviennent visibles, surtout la nuit. Là, dans les banlieues de Virginie, on voit s’illuminer les logos des sociétés de « Top Secret America » : Northrop-Grumman, SAIC, General Dynamics.
Le Secrétaire à la Défense Robert M. Gates dit qu’il voudrait réduire
le nombre des sous-traitants à la défense au niveau où il était
avant le 11/9 (Photo : Melina Mara | The Washington Post)
Sur les 1931 sociétés identifiées par le Post qui travaillent sur des contrats secret-défense, près de 110 d’entre elles effectuent environ 90% du travail pris en charge par des sociétés privées du monde de la défense-renseignement-sous-traitance.
Traduction V. D. et apetimedia pour ReOpenNews et le Grand Soir
Vă rog să citiți acest text selectat de mine, în speranța că vă poate interesa.Cu prietenie, Dan Culcer Bread, Wine, Politics
By GEOFFREY WHEATCROFT
Published: August 21, 2009
When an earthquake struck L’Aquila in April (and the preposterous Silvio Berlusconi told survivors to think of their emergency tents as a holiday camp), it was hardly the first such tragedy Italy had known. On Jan. 13, 1915, quite near L’Aquila in the mountainous Abruzzo region east of Rome, a much more terrible earthquake hit Pescina dei Marsi and killed 3,500 people in a village of 5,000 — among them, the mother of a 14-year-old boy named Secondino Tranquilli.
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Horst Tappe/Hulton Archive — Getty Images
BITTER SPRING
A Life of Ignazio Silone
By Stanislao G. Pugliese
Illustrated. 426 pp. Farrar, Straus & Giroux. $35
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Excerpt: ‘Bitter Spring’ (August 23, 2009)
He had already lost his father and five of his six siblings, and so young Secondino carried heavy emotional burdens before he reinvented himself as Ignazio Silone in a Spanish prison in 1923. At first an underground party operative like Trotsky or Tito, Silone would become a celebrated realist novelist: Italy’s greatest living writer, in Faulkner’s opinion, as famous in his time as George Orwell or Arthur Koestler. Like them, he was a moral critic of the horrors of the age who told the truth about both Fascism and Communism. Later he was embroiled in some of the darker controversies of the cold war, and was still a lightning rod in Italy even after his death in 1978. But his fame has faded outside his country, and Stanislao G. Pugliese’s absorbing new biography, “Bitter Spring: A Life of Ignazio Silone,” is the first to appear in English.
Having become secretary of a radical peasants’ group at only 16, Silone was already a prominent left-wing socialist by 1921. Early that year, at an age when others are still studying or in their modest first jobs, he helped found the Italian Communist Party. This was only the beginning of a life that would seem implausible in fiction. Indeed, Pugliese says of one later episode that it was the kind of outrageous coincidence found in Victorian romantic novels, although if anything Silone’s life was closer to the kind of pop “faction” in which the hero finds himself wherever history is being made, rubbing shoulders with its makers.
He met Lenin in Moscow, where (as he later recalled in a radio interview) “everyone was contributing to remaking society.” Then came the Spanish interlude, when he was imprisoned while helping the local Communists. In 1927 he was in Moscow again for the epic meeting of the Communist International that saw the showdown between Stalin and Trotsky. Silone refused to condemn Trotsky on the basis of a document that he, like all others present, had not been allowed to study. Afterward he read that Trotsky had been condemned “unanimously.” It was not long after that eye-opening experience that Silone broke with the Communists.
Now he was on his own, an anti-Fascist physically exiled from Mussolini’s Italy and an anti-Stalinist intellectually and morally exiled from much of the left. Living in Switzerland in the 1930s and 1940s he found fame not as an activist but as a writer, for three novels set in his birthplace, Pescina. “Fontamara” — literally “Bitter Spring,” giving Pugliese his title — was followed by “Bread and Wine” and “The Seed Beneath the Snow.” The first two especially were pioneering classics of proletarian fiction, telling of the tragic struggle of the Abruzzese peasants against rapacious landlords and brutal officials.
It’s hard now to recapture the impact of those books in their day. “Fontamara” was turned into a play in New York in 1936, and “Bread and Wine” was chosen over “The Grapes of Wrath” as a Book-of-the-Month selection. Silone himself made few literary claims for the trilogy, and no doubt they aren’t “great novels” in the sense that “Anna Karenina” and “Ulysses” are. But then neither are “Darkness at Noon” or “Nineteen Eighty-Four,” let alone “Uncle Tom’s Cabin”: political or didactic fiction is not to be judged by the standards of Flaubert. The fact is that “Fontamara” and its successors inspired a generation, and Silone’s admirers included Bertrand Russell, Graham Greene, Thomas Mann and Arturo Toscanini.
By Christmas 1942, Silone was back in prison. The Swiss wanted to expel him — no joke when the country was surrounded by Axis territory — but relented because of his eminence, whereupon he found a new ally and a new career. Allen Dulles was then the Bern station chief of the Office of Strategic Services, forerunner of the C.I.A., and enlisted Silone. He gave Dulles advice both military — the Brenner pass should be interdicted — and political, correctly predicting that “unconditional surrender” was a foolish policy that would prolong the defeat of Italy.
fter the war, Silone was active for a time in Italian politics as a leader of the democratic left, campaigning for a united Europe and opposing the plan to merge Italy’s Socialist and Communist parties. The Socialist Party was saved, though not from the fissive tendency that saw its rival factions split away.
In 1950, Silone’s “Emergency Exit” was one of the autobiographical essays by former Communists that appeared in the anthology “The God That Failed,” and now Silone was an official cold warrior. He went on to edit Tempo Presente, the sister journal to Encounter in London and Preuves in Paris, espousing liberal anti-Communism with financial support from the Congress for Cultural Freedom. As some guessed early and the world would learn, the C.C.F. was itself clandestinely financed by the C.I.A.
This part of the tale has often been told, among others by Peter Coleman in “The Liberal Conspiracy.” Coleman compared the “gentle socialist moralist” Silone favorably with Koestler, whom Silone disliked both for the fanatical quality of his anti-Communism and for his philandering, in its way almost as fanatical. Not that Silone himself was consistently faithful to either of the remarkable women with whom he shared his life, Gabriella Seidenfeld and then Darina Laracy, one from a Jewish immigrant family and the other Irish. Pugliese sees these infidelities floating in the “murky waters of his state of mind and persona”; Silone was plainly neurotic and in some ways unlovable (as if that distinguishes him from other great writers).
On more than one occasion during his life Italians spoke of a caso Silone — a “Silone case” or affair, referring to his breach with the Communists or to the C.I.A. connection. But the most dramatic caso Silone of all was posthumous. In 1996, the historian Dario Biocca produced startling letters from the archive, written mostly in the 1920s to a senior Fascist policeman from an informer called “Silvestri,” who appeared to be Silone.
If not quite on the scale of l’affaire in France a hundred years earlier, this case convulsed politically conscious Italy, dividing innocentisti from colpevolisti as Dreyfusards had been divided from anti-Dreyfusards, and likewise inevitably on partisan lines. “Bitter Spring” is readable, well informed and accurate (although when Pugliese refers to “Vladimir Nabokov” he must mean the novelist’s cousin Nicolas, a musician who ran the C.C.F.); and its treatment of this episode is one of the best and most judicious things in the book.
At the time, I decided not to trust anything said confidently about the case by anyone who didn’t command Italian and hadn’t studied all the enormous resulting literature, which I don’t claim to have done myself. It does seem that Silone had at least some contact with the police, who had arrested his one surviving brother, Romolo (who would die in prison at the hands of his captors), but it’s hard to see evidence of any great betrayal.
If Silone’s books are less read now than they once were, they ought not to be forgotten, and they will not be. Pugliese quotes a touching story from a professor at a Florida college who was teaching “Fontamara” to his class some years ago. The middle-class white kids couldn’t see the point of this tale of distant peasants fighting brutality and oppression — but his black students were overwhelmed. Whatever the postmodernists may say, justice and freedom are universal values.
Geoffrey Wheatcroft’s books include “The Controversy of Zion” and “Yo, Blair!” He is writing a study of Winston Churchill’s reputation and influence.